De la Maison de ville à l’Hôtel de ville

Première représentation de la Maison de ville, aux alentours de 1880. Coll. Maurice Nougaret

L’histoire de l’Hôtel de Ville de Frontignan s’inscrit dans la très longue construction de l’autonomie municipale de la ville et dans l’évolution progressive des institutions communales depuis le Moyen Âge.

Sans attendre la loi de 1789 transformant les paroisses en municipalités et celle de 1884 obligeant les communes de disposer d’une mairie, Frontignan, gérée à l’époque par quatre consuls, se dote d’une Maison de ville dès 1345, installée dans les dépendances du château de Roquefiche, au centre de la cité, en contrebas de l’actuelle mairie. Une tour contiguë à la muraille de l’ancien château sera ajoutée en 1626. Cet édifice, qui porte horloge et cloche, vraisemblablement agrandi en 1785 et sur lequel sera ajoutée la devise de la République Liberté Égalité Fraternité aux alentours du centenaire de la prise de la Bastille, perdurera jusqu’en 1894.

C’est alors le projet d’Hôtel de ville de l’architecte montpelliérain Dieudonné Jacques Deschanels qui est adopté, fortement inspiré de la mairie du XIe arrondissement de Paris. Sur autorisation du Président de la République, Jean Casimir-Perier (1847-1907), la première pierre est posée le 21 avril 1895, la construction s’achèvera en 1896. Jamais inauguré, cet hôtel de ville a aujourd’hui 130 ans et continue d’être le bâtiment central du cœur de ville. Débarrassée des voitures en 2009 et de la fontaine hexagonale en 2015, la place de l’Hôtel de ville a pleinement retrouvé sa vocation de place publique conviviale. Des terrasses de café et les marchés de plein air des jeudis et samedis l’animent joyeusement.


Origines de Frontignan, consulat et premières maisons de ville

Si la présence humaine est avérée dans la Gardiole depuis la préhistoire, l’habitat semble dispersé sur le sol frontignanais jusqu’au Moyen Âge. Ce n’est que vers l’an mille que Frontignan se développe autour du château de la localité, castellum. Le bourg connaît alors plusieurs phases successives de fortification. Une première enceinte circulaire est édifiée autour du noyau primitif. Puis, entre le XIᵉ et le XIIᵉ siècle, une seconde enceinte, elle aussi circulaire mais plus vaste, vient l’englober. On parle alors de castrum. Enfin, au XIVe siècle, à la suite de la prise de la ville par des mercenaires menés par Seguin de Badefol [1] en 1361, les remparts sont rehaussés et surtout rendus continus jusqu’aux étangs, point d’entrée des assaillants. Ce dernier rempart intègre l’église paroissiale qui devient alors un élément défensif. La tour de la Joye, dite tour de la glacière, dont il subsiste encore des vestiges à proximité de l’église, faisait partie de cette enceinte de forme pentagonale. Cinq portes réglementent les accès à la ville jusqu’au XVIIIe siècle.

[1]Seguin de Badefol (1330–1366), surnommé Chopin Badefol (probablement « boiteux » en occitan),  était un chef routier pendant la guerre de Cent Ans qui commandait pas moins de deux mille mercenaires. Né en 1330, il mourut assassiné par son ancien employeur, Charles le Mauvais, en 1366.

Au XIIIe siècle, comme partout dans le Midi, une gouvernance communale commence à se structurer sous forme d’un consulat. En 1304, le roi de France, Philippe IV, dit « Philippe le Bel » (1268-1314), confirme officiellement le consulat de Frontignan pour gérer les affaires de la ville, en passant outre l’autorité du roi de Majorque, moyennant la somme de 1 000 livres tournois. Le système prévoit alors quatre consuls élus pour un an. La date de l’élection est fixée « à chaque fête de Notre-Dame d’août ». En réalité, l’élection avait lieu la veille, autrement dit le 14 août. Les consuls étaient assistés d’un conseil qui avait un rôle délibératif. Consuls et conseillers étaient élus par cooptation, les anciens choisissaient les nouveaux.

En 1345, cette autonomie communale est renforcée par une nouvelle autorisation royale, délivrée cette fois par le roi Philippe VI de Valois, dit « le Fortuné » ou « le Catholique » (1293-1350), à titre gratuit. Le roi permet alors la construction d’une Maison de ville dans les dépendances du château de Roquefiche, situé au cœur de la cité, à l’emplacement de l’actuel office de tourisme, place de l’Hôtel de ville. Cette première Maison de Ville devient le centre du pouvoir communal. Elle sert à la fois de lieu d’administration, de dépôt d’archives, de conservation des titres et papiers de la communauté, mais aussi de stockage de munitions de guerre, notamment des barils de poudre destinés à la défense de la ville.

Tenue d’apparat des consuls de Frontignan au XIVe siècle. Coll. A.M.

En 1390, alors que la situation financière de Frontignan est catastrophique, les consuls demandent l’autorisation au roi Charles VI, dit « le Bien-Aimé » et parfois, de manière posthume depuis le XIXᵉ siècle, « le Fou » ou « le Fol » (1368-1422), de « construire et avoir dans la ville une place ou local commun, garni de tables pour vendre le poisson, la viande et autres marchandises » et la permission de percevoir sur ces ventes un impôt « léger et supportable, consenti par la majeure et plus saine partie des habitants, pour subvenir aux besoins de la communauté ». Accordée l’année suivante, cette requête marque la naissance du premier marché hebdomadaire de Frontignan, qui se tiendra chaque lundi sur le parvis de la Maison de ville.

Montage de plans qui laisse apparaître le cadastre napoléonien datant de 1819, superposé avec le cadastre actuel. Au centre (section E), les numéros 500 et 512 correspondent respectivement à la Maison de ville et au château. Les deux éléments matérialisés en jaune sont les halles et l’Hôtel de Ville actuels. Coll. A.M.

En 1543, le Parlement de Toulouse précise les règles de cooptation pour l’élection du conseil de ville, composé de huit membres. Ainsi, chaque consul sortant propose trois noms dont deux seront retenus. Les huit nouveaux conseillers se joignent aux quatre consuls anciens pour élire les quatre nouveaux consuls. Il est précisé que les nouveaux consuls ne doivent être parents ni des consuls sortants ni des autres électeurs. Dans les grandes occasions, le conseil de ville pouvait être élargi à tous les chefs de famille, c’est ce qu’on appelait l’assemblée générale des habitants.

La Maison de ville sous la neige. Coll. A.M.

Au XVIIe siècle, la Maison de Ville reste une construction modeste, réduite à une seule pièce selon certaines descriptions, mais elle conserve une forte valeur symbolique. En 1606, elle est néanmoins déjà dotée d’une horloge qui sonne les heures, marquant une étape importante dans la symbolisation du pouvoir municipal dans l’espace urbain.

En 1626, les consuls obtiennent l’inféodation d’une tour contiguë à la muraille de l’ancien château de Roquefiche. Cette acquisition se fait sous le régime féodal de l’albergue et de la censive [2] annuelle de trois livres. Autrement dit, les consuls obtiennent l’usage de cette tour moyennant une redevance. Cette tour, jugée inutile par la Couronne, est destinée à renforcer la conservation des archives communales, des munitions et sert aussi de prison.

[2] L’albergue correspond à une redevance féodale symbolique liée historiquement au devoir d’hébergement ou de protection du seigneur, devenue avec le temps une taxe annuelle. La censive correspond à la redevance due pour la détention d’un bien concédé sans pleine propriété.

Huit marches permettent d’accéder au bâtiment par le rez-de-chaussée, qui abrite les appartements du sergent de ville. à l’étage, une pièce unique sert aux réunions.

Armoire des consuls réalisée en 1654

Son décor est minimaliste : une cheminée, un tableau à la gloire de Louis XIV, un deuxième, représentant le Christ (placé au-dessus de la cheminée), et une table de réunion drapée d’un tapis de couleur bleu roy de Lodève. à partir de 1654, une armoire à deux vantaux abrite les registres de délibérations consulaires. Les noms des consuls de l’année 1654 sont sculptés à même l’entablement (Pierre Figuière, Jacques Bernus, Simon Angles et Etienne Rey). Elle est actuellement visible dans la salle d’honneur de l’Hôtel de Ville

Délibération consulaire attestant l’achat des ruines du château en 1785. Coll. A.M.

En 1785, la ville achète aux sœurs Argelliès, propriétaires du château et de ses dépendances, la partie réservée à la construction de la nouvelle Maison de ville. Un document daté de 1652 décrit ce château comme étant déjà en ruine, avec des murailles extérieures de forme rectangulaire de 60 mètres de long, 30 de large et 8 de haut ainsi que deux tours en ruine, dont l’une fut annexée à la maison de ville. Les consuls y aménagent donc une nouvelle maison communale avec salle de réunion, archives, logements du valet de ville et du maître d’école, auditoire (tribunal) et prison. Cet ensemble continuera à servir jusqu’à sa démolition à la fin du XIXe siècle, en 1894.


XIXe siècle : projets municipaux, démolitions de la Maison de ville et naissance de l’Hôtel de Ville

Coll. Archives de l’agglomération de Compiègne

Au XIXe siècle, le statut des hôtels de ville en Europe et en France évolue profondément, dans un contexte de transformation politique et administrative.

Les premiers hôtels de ville apparaissent en Europe au XIIIe siècle, notamment en Italie, dans des villes comme Sienne, Pise ou Pérouse. Ils incarnent un nouvel équilibre entre villes et campagnes, entre marchands et seigneurs. En France, leur développement se généralise à partir du XVIe siècle, dans un contexte de déclin progressif de l’architecture religieuse comme modèle dominant. Les plans de plusieurs hôtels de ville, notamment ceux de Compiègne, Saumur et Paris, sont attribués à l’architecte italien Dominique de Cortone, marquant l’émergence de l’art civil. Les architectures religieuses et militaires avaient jusque-là dominé et servent encore de base à ces nouvelles formes civiles.

À la Révolution, le découpage paroissial est remplacé par des milliers de communes. Les assemblées municipales siègent alors dans les églises, chez des particuliers ou chez les consuls et maires, jusqu’à ce qu’une loi de 1884 impose aux communes de disposer d’une mairie, en location ou en propriété, sous le contrôle du préfet.

Le comte de Rambuteau, d’après Court, 1838.

Au XIXe siècle, la question du statut architectural de l’hôtel de ville devient centrale : il ne doit être ni un palais ni une maison ordinaire, mais une véritable maison commune. Sous l’influence du préfet de la Seine, Claude-Philibert Barthelot de Rambuteau, de nombreuses mairies sont construites à Paris à partir de 1835. La formation des architectes est centralisée à l’École des Beaux-Arts et à l’École polytechnique. L’hôtel de ville devient un élément structurant du paysage urbain, au même titre que le clocher de l’église.

Dans ce contexte général, la commune de Frontignan engage à la fin du XIXe siècle une profonde transformation de son centre administratif.

Dès 1889, la ville décide d’acquérir l’ensemble des ruines du château appartenant aux héritiers Argelliès-Lairolle, d’une surface d’environ 1 470 m², pour la somme de 11 000 francs. Le projet initial consiste à construire un groupe scolaire. L’architecte communal M. Blanc propose deux projets : un premier pour une école seule, et un second combinant une école, une mairie, une halle couverte et la création de voies nouvelles. Faute de finances suffisantes, ces projets ne seront finalement pas réalisés.

Le 18 mars 1890, le projet d’acquisition est voté. Un emprunt est contracté le 18 novembre pour financer l’opération. Le 27 octobre 1891, les travaux de démolition du château sont adjugés. Le 14 novembre 1892, le château est démoli et le niveau du sol de la place est abaissé d’au moins deux mètres, faisant ainsi disparaître l’altimétrie de la motte castrale (rehaussement de terre sur lequel est implanté le château).

François Simorre, maire de Frontignan du 23 janvier 1881 au 16 mai 1896.

À cette même date, le maire François Simorre estime que la restauration de l’ancienne maison de ville représenterait un coût de 20 000 à 25 000 francs. Il propose alors la construction d’une nouvelle mairie accompagnée d’un marché couvert.

Deux projets architecturaux sont alors en concurrence. L’architecte Marcadier, de Cette (Sète), propose en 1892 un bâtiment à deux étages sur plan carré, regroupant les services administratifs. Ce projet n’aboutit pas, car la dimension symbolique attendue pour l’hôtel de ville n’est pas jugée suffisante. En 1893, l’architecte montpelliérain Dieudonné Jacques Deschanels remporte le projet. Son bâtiment prévoit une mairie et un marché couvert pour un budget maximal de 120 000 francs. Il s’agit d’un édifice à trois étages sur plan carré, inspiré notamment de projets antérieurs, avec un avant-corps plus massif donnant au bâtiment une forte présence symbolique. Le marché couvert est relégué à l’arrière du bâtiment, renforçant la monumentalité de la mairie.

L’Hôtel de villes et les halles. Coll. Michel Sala.

Dieudonné Jacques Deschanels, fils d’un travailleur de pierre, est nommé architecte en 1890 à Montpellier. Il a notamment réalisé d’autres bâtiments publics, dont le groupe scolaire de Villeneuve-lès-Maguelone et l’hôtel de ville de Villeveyrac, et s’est inspiré de l’hôtel de ville du XIe arrondissement de Paris pour celui de Frontignan. Il est également associé à des projets liés au tramway électrique de Montpellier.

Le 27 janvier 1893, le conseil municipal vote officiellement un budget de 120 000 francs pour les constructions. Le 26 mai 1893, les travaux nécessitent l’alignement de la place, avec expropriations réalisées à l’amiable dans le cadre de l’utilité publique. Un emprunt de 150 000 francs est contracté. Le 31 août 1894, un décret présidentiel approuve les travaux.

Le 20 décembre 1894, la mairie provisoire est installée chez Prosper Blondin, dans la salle arrière du Café de France, rue du Plan d’Encarneau, pour un loyer annuel de 600 francs. En 1894 débute également la démolition de l’ancienne Maison de ville.


Construction, architecture et mise en service de l’Hôtel de ville

En 1895, le projet de réaménagement du centre-ville de Frontignan connaît plusieurs modifications importantes. Le plan d’alignement de la place est revu, notamment avec l’ouverture d’une percée destinée à prolonger la rue Saint-Martin, entraînant un surcoût de 8 000 francs.

Le 8 avril 1895, un projet prévoit la construction d’une tour en bois destinée à accueillir l’horloge à 11 mètres de hauteur et la cloche à 14 mètres, pour un coût de 325 francs.

Le dimanche 21 avril 1895 à 10 heures, le maire François Simorre procède à la pose de la première pierre de la nouvelle mairie. Comme le veut la tradition [3], une cassette métallique (décrite selon les sources comme en fer ou en plomb) est placée sous la pierre d’angle gauche. Elle contient un procès-verbal signé des autorités locales, un courrier du directeur des Monnaies de Paris ainsi que des pièces d’argent et de bronze de l’année.

Au cours de l’année 1895, l’entrepreneur abandonne le chantier faute de paiement. Un nouvel emprunt de 90 000 francs est contracté pour permettre la poursuite des travaux. Les sculptures sont confiées à l’artisan Coste de Montpellier. Le budget initial est déjà largement dépassé, nécessitant de nouveaux financements.

Le 14 novembre 1895, l’horloge de l’ancienne Maison de ville est réinstallée sur le nouvel édifice après réparation et nettoyage.

Hippolyte Gachon, maire de Frontignan du 17 mai 1897 au 10 mai 1904.

Le 13 février 1896, des travaux supplémentaires sont décidés pour l’alignement de la place et le percement de nouvelles rues. Le 17 mai, François Simorre perd les élections et c’est Hyppolite Gachon, principal opposant au projet de construction de l’Hôtel de ville qu’il jugeait trop coûteux, qui est élu maire. Le nouveau maire n’inaugura donc pas la nouvelle mairie. En novembre 1896, plusieurs services municipaux commencent néanmoins à s’y installer.

Le 24 novembre 1896, le premier mariage est célébré entre Augustine Rouzier et Albéric Forestier. Depuis, on raconte que la mariée fit remarquer à leurs invités que leurs initiales, RF, avaient été gravées sur les portes du nouveau bâtiment en leur honneur.

Le 29 décembre 1896, le conseil municipal vote la fin des travaux. Le 20 février 1897, la mairie prend officiellement possession de l’édifice. Le 8 mars 1898, des travaux supplémentaires sont validés par le préfet, marquant l’achèvement complet de l’ensemble.

Le coût initial de 120 000 francs est largement dépassé, atteignant finalement environ 266 000 francs.

Coll. Guy Forestier.

«  Perché » sur l’ancienne motte castrale, l’Hôtel de Ville s’impose. Son style associe plusieurs influences : la Renaissance, le classicisme français et le maniérisme. Il conserve également quelques éléments hérités de l’époque médiévale, comme le beffroi (ou campanile) et la bretèche (balcon en saillie).

[3] Depuis l’Antiquité, il existe la coutume de déposer un objet dans les fondations d’un bâtiment important. Au Moyen Âge, cela pouvait être une relique ou un document. À partir du XVIIIᵉ siècle, et surtout au XIXᵉ siècle, la pratique devient davantage civile et républicaine. Pour les bâtiments publics (mairies, écoles, tribunaux, ponts, gares…), le dépôt prend souvent la forme d’une caissette, d’un coffret ou d’une boîte métallique scellée dans la première pierre ou dans les fondations.


Architecture extérieure

Le bâtiment s’organise selon un plan de grande ampleur. D’environ 295 m², il est construit en maçonnerie de pierre de taille reposant sur un socle en pierre froide, avec des soubassements en pierre de pays provenant de Castries. Il s’élève sur trois niveaux. Le corps principal comprend cinq travées, tandis que l’avant-corps en comporte trois. Deux ailes symétriques sont redoublées de pavillons d’angle. La façade arrière mesure 20,20 mètres.

La tourelle est le dernier niveau accessible par un escalier intérieur. Coll. A.M.

La toiture, couverte de zinc et d’ardoises, adopte un toit à la Mansart [4] permettant l’aménagement des combles. Elle est dominée par un beffroi octogonal à motif gothique culminant à 14 mètres, portant une horloge visible sur deux faces à 11 mètres. Le beffroi (appelé communément campanile dans le sud de la France) est l’un des éléments les plus marquants du bâtiment. Son lanterneau (tourelle ajourée) repose sur huit piliers et s’inspire des modèles d’églises italiennes de la Renaissance. Il accueille la cloche de l’ancienne chapelle des Pénitents blancs, d’abord installée dans la première Maison de ville puis déplacée dans la maison commune. Sa couverture est en lauze et sa structure entièrement en bois. Les cornets visibles servent de dispositif d’alerte sonore pour prévenir la population en cas de danger et continuent encore aujourd’hui à retentir le premier mercredi du mois.

Les dix marches du perron mènent directement à l’entrée magistrale et devancent tout l’édifice par un premier vestibule ouvert, de taille modeste, permettant aux marchands de s’y installer en cas d’intempéries. Trois arcatures en plein cintre (demi-cercle) composent le portique, reposant sur des pieds lisses pour s’achever sur des chapiteaux toscans. Trois imposantes clés surplombent les arches, composées de médaillons à volutes au centre et entourées de feuilles de lauriers qui symbolisent la victoire. Au-dessus, les huit corbeaux décorés de feuilles d’acanthes, symbole du triomphe des difficultés pour l’architecte, soulagent la portée du balcon et sont intégrés dans le mur.

Le balcon corinthien occupe toute la largeur de l’avant-corps, avec un léger ressaut (déport) au niveau de la fenêtre centrale. A cet endroit, les corbeaux sont plus imposants et le décor se termine sur des écoinçons à volute (décor à enroulement spiralé) coincés entre les arches. Les soubassements latéraux, en pierre de Castries, sont marqués et contribuent, avec les piliers de refends (piliers striés), présents sur tous les angles, à donner cet aspect massif à l’édifice.

[4] Un toit à la Mansart (ou toit en mansarde, toit mansardé) est une toiture dont chaque versant est composé de deux pentes : une pente supérieure, relativement faible (appelée le terrasson)  et une pente inférieure, beaucoup plus raide (appelée le brisis).

L’avant-corps, sur lequel sont présents une profusion de décorations architecturales, est encadré par de puissants piliers de refends, de style haussmannien. Ces éléments portent des clés sculptées ornées de l’estampille républicaine RF, ainsi que des motifs liés à l’activité économique locale, notamment des feuilles de vigne et des grappes de raisin.

Les inscriptions républicaines « Liberté, Égalité, Fraternité » sont sculptées à même l’entablement principal, lui-même protégé par une corniche toscane à modillons [5] (en forme de petits carrés) sculptée directement dans la pierre. Le fronton est décoré d’un médaillon à volutes entouré de feuilles de laurier.

Le balcon de l’étage d’honneur reprend le modèle de la bretèche médiévale, depuis laquelle les élus s’adressaient autrefois à la population. Sa balustrade est de style corinthien et les corbeaux sont décorés de feuilles d’acanthe.

La lucarne centrale du dernier étage est particulièrement travaillée : elle porte un médaillon à volutes orné de feuilles de laurier, avec le « F » de Frontignan sculpté en son centre et, au sommet, une tour crénelée représentant les armes de la ville.

Les façades latérales et arrière sont plus sobres, avec des moulures simples et la disparition des modillons. Toutefois, les pilastres à refends [6] maintiennent une impression de puissance architecturale.

La façade postérieure comprend une entrée destinée à la justice de paix. Elle adopte un décor maniériste inspiré des portails-tabernacles du début du XVIIe siècle. Elle est encadrée de pilastres lisses sur socles élevés, surmontés d’un fronton curviligne interrompu par un oculus (œil-de-bœuf) et un chapiteau toscan. Cet oculus et la baie supérieure permettent un éclairage naturel du hall et de l’escalier d’honneur. Les vitres teintées diffusent une lumière particulière. A la construction du bâtiment, une porte massive en bois est en place.  Aujourd’hui il n’en reste que le battant supérieur, les 2 vantaux ayant été déposés. Le décor de la porte est soigné mais beaucoup plus sobre que celui dessiné sur les plans datant de 1893.

À droite de cette entrée se trouvent des toilettes publiques ainsi que des locaux destinés au concierge et au magasin du préposé des halles.

[5] Un modillon est un élément d’ architecture qui sert à soutenir une corniche, un avant-toit ou un balcon. Il se différencie du corbeau par le fait qu’il est sculpté.
[6] Un pilastre est une fausse colonne plate, engagée dans un mur ou simplement appliquée sur une façade. À refends  signifie que sa surface est traitée avec des rainures.


L’organisation intérieure

L’intérieur du bâtiment s’organise de manière fonctionnelle.

Au rez-de-chaussée, un hall accueille les marchands en cas d’intempéries. Cinq marches plus loin se trouve un vaste vestibule. À droite se situaient la salle de justice de paix, le cabinet du juge et le greffe ; à gauche, le cabinet du commissaire de police, la loge du concierge et sa cuisine.

L’escalier d’honneur et celui de service sont en dalle de Baruthel (pierre calcaire du Gard de couleur blanche ou grise). L’escalier d’honneur ne donne accès qu’au premier étage, en revanche celui de service (sur la gauche) dessert tous les étages. Il est plus étroit mais traité avec les mêmes matériaux, les rampes sont en fer forgé à 3 ornements de zinc. Pour l’escalier d’honneur la main courante est en noyer. L’oculus placé à l’arrière de l’édifice ainsi que la large baie au dessus permettent, au-delà de leur aspect esthétique, d’apporter de la lumière naturelle au hall d’entrée et à l’escalier d’honneur. Celle-ci était complétée par des appliques forgées flanquées de globes de verre et fonctionnaient au gaz.

Dans l’escalier d’honneur deux plaques de marbre réalisées par le sculpteur Richard de Frontignan sont installées en 1906. L’une est consacrée aux maires de Frontignan depuis la Révolution, l’autre à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Au sous-sol ou entresol, se trouvaient deux pièces, sur la gauche, réservées au concierge (chambre et cave). Dans la continuité, une salle modeste était réservée au matériel des fêtes, derrière deux geôles individuelles éclairées par des  « fenestrous » donnant sous l’escalier du perron. Ces geôles ne seront plus utilisées après 1935. A côté, un grand espace où était entreposé le matériel à incendie. Au sol, une trappe souterraine et voûtée (7,40 m x 5,40 m sur une hauteur de 2,20 m) donnait accès à la fosse d’aisance. Le dernier espace, sur la gauche avant de reprendre l’escalier, n’était autre que le fameux violon (cellule collective) séparé en deux zones ; une pour les hommes et une pour les femmes. Une entrée secondaire était à ce niveau, l’entrée principale de la justice de Paix.

En effet, l’Hôtel de Ville ayant deux fonctions, il devait être équipé de deux entrées distinctes. Cet accès de plain-pied facilitait le transfert du matériel sécuritaire et festif, mais également celui des prisonnier·es. L’implantation des escaliers est faite pour hiérarchiser les trajets des usager·es selon la fonction et les besoins. Ainsi, une vraie stratégie de distribution avait été pensée pour contribuer à la bonne circulation dans le bâtiment. Ce niveau est complètement réaménagé en 1974, pour accueillir les services municipaux de plus en plus nombreux, notamment le service de l’état civil.

Le 1er étage est l’étage noble, réservé aux instances municipales. En haut de l’escalier d’honneur, se trouve une sorte de hall. A droite, on y trouvait, et c’est toujours le cas aujourd’hui, le bureau du maire et à gauche, la salle d’honneur, d’autres bureaux et l’escalier de service. A l’époque, c’était aussi l’étage de la bibliothèque.

Salle d’honneur. Coll. Michel Sala

Située au premier étage et occupant toute la partie de l’avant-corps, la salle d’honneur était à l’origine divisée en deux espaces par une balustrade : l’un réservé au public, l’autre aux élus. Deux portes dérobées, toujours visibles dans la salle, permettent un accès direct à la salle des commissions et au bureau du maire.

Coll. Maurice Nougaret, 1987

Le mobilier provenant de l’ancienne Maison de ville a été réemployé et réparti dans les différents services. La salle d’honneur a quant à elle bénéficié d’un mobilier entièrement neuf (en partie changé depuis). Un rapport rédigé par l’architecte en 1893 en donne une description précise. Il y est indiqué que la table, en forme de fer à cheval, est démontable et que vingt chaises destinées aux conseillers, ainsi que trois fauteuils ornés du blason de la ville pour le maire et ses deux adjoints, sont commandés. En revanche, le document ne précise pas si le public assistait aux séances assis ou debout.

Le plafond est mis en valeur par de larges corniches moulurées qui dominent un parquet de chêne posé en point de Hongrie et simplement vitrifié toujours en place.

Grâce aux factures du célèbre marbrier marseillais Jules Cantini, conservées aux archives municipales, il est possible de connaître la répartition des huit cheminées installées dans le bâtiment. Cinq sont réalisées en marbre noir moucheté (justice de paix, salle des commissions et secrétariat), une en marbre gris (loge du concierge) et deux en marbre griotte fleurie (bureau du maire et bibliothèque).La plus imposante est celle de la salle d’honneur.

Il s’agit d’une cheminée capucine, à foyer ouvert, réalisée en marbre Vert de Maurin, ou vert de mer (Alpes-de-Haute-Provence), une pierre particulièrement appréciée au XIXᵉ siècle. Deux colonnes toscanes détachées, en jaspe oriental provenant de Caunes-en-Minervois, sont coiffées de chapiteaux corinthiens supportant un entablement décoré de trois pointes de diamant (sorte de brique pointue). Deux de ces pointes sont en jaspe rouge, tandis que celle du centre est en marbre de couleur griotte, également appelé rouge antique. L’entablement est terminé par deux têtes de lions aux gueules ouvertes et supporte une large console, formant la tablette supérieure de la cheminée.

Le contrecœur, c’est-à-dire le fond de l’âtre, est constitué d’une ferronnerie losangique noire ornée de motifs en forme d’hermine, emblème traditionnel des armoiries. Il est précédé d’un rétrécissement ébrasé (oblique) en céramique bicolore orange et noire. Les hermines, cette fois, sont dorées.

Reposant sur la console, un trumeau à ressaut millésimé de 1896 — décor situé au-dessus de la cheminée et accueillant généralement un miroir — est réalisé en staff et carton-pierre par le Montpelliérain Poulaud. En son centre, une niche ovoïde abrite un buste républicain en fonte fourni par les établissements Martin de Montpellier. La niche est encadrée d’une coquille Saint-Jacques et de volutes, tandis que l’ensemble est enrichi d’une frise florale et de feuilles d’acanthe. On y retrouve également le « F » de Frontignan ainsi que les initiales « RF » aux deux extrémités.

Cet ensemble monumental, d’une hauteur de 5,40 mètres, rappelle, par sa composition, la structure de la façade principale de l’hôtel de ville ainsi que le portail de la justice de paix avec son fronton curviligne (arrondi).

La salle d’honneur n’accueille plus de réunions du conseil municipal ni de mariages depuis 2012. Ces derniers sont célébrés salle Voltaire. Seul un tout petit nombre de mariages ont lieu à titre exceptionnel en salle d’honneur lorsque la salle Voltaire est indisponible, notamment en période électorale, ou sur dérogation du maire.

Enfin, le 2e étage, accessible uniquement par l’escalier de service, accueillait principalement la salle de répétition des sociétés musicales et les archives de la ville. L’étage est entièrement mansardé, pour éviter la perte d’espace. Un ultime escalier, situé au niveau de la salle de répétition, donne accès au campanile. Passée la porte, un palier permet l’accès à l’horloge, puis un escalier en colimaçon mène au belvédère, protégé d’un garde-corps. On peut alors observer le pentagone originel formé par les anciens remparts, puis les vignes, la garrigue et les étendues d’eau (mer et étangs). Cet étage accueille aujourd’hui les bureaux des services juridiques et de la direction de la communication.


XXe siècle : transformations, restaurations et évolution de la place

Le 4 septembre 1920, l’Hôtel de Ville de Frontignan est illuminé pour célébrer à la fois le cinquantième anniversaire de la République et l’arrivée de l’éclairage public communal. Cet événement marque une nouvelle étape dans la mise en valeur symbolique du bâtiment.

L’édifice continue d’évoluer tout en conservant ses fonctions administratives centrales. L’organisation intérieure reste structurée autour de ses différents niveaux avec les bureaux du maire, de son cabinet et des élu·es ainsi que ceux de différents services administratifs.

En 1970, la façade de l’Hôtel de Ville fait l’objet d’une restauration par l’entreprise Auteroche, tandis que le clocheton est repris par l’entreprise Cerdan, sous la direction des architectes René Carlier [7] et Plenat.

En 1996, la tapisserie velours de la salle d’honneur est déposée pour une peinture « coquille d’œuf » et la mise en peinture du trumeau de la cheminée.

En 2004, les ardoises de la toiture sont remplacées, poursuivant l’entretien du bâtiment et la conservation de son identité architecturale.

En 2012, la salle d’honneur a fait l’objet de travaux, notamment une mise aux normes et une amélioration des conditions de confort acoustique et thermique. Ces travaux ont aussi concerné la mise aux normes incendie tout en créant une nouvelle ambiance en termes d’architecture intérieure. Sur le plan des équipements techniques, cette salle a été également équipée de climatisation et l’éclairage a été refait. L’isolation thermique a, quant à elle, été assurée par le remplacement des menuiseries extérieures à l’identique mais dotées de double vitrage. Tous les éléments d’origine, parquet, cheminée… ont, bien sûr, été conservés. Le montant des travaux s’est élevé à 150 000 €.

Enfin, en 2023, de nouveaux travaux ont concerné la restructuration totale du hall d’entrée avec la dépose de la banque d’accueil et le réaménagement du bureau d’accueil, la mise en accessibilité pour les personnes à mobilité réduite avec notamment une entrée aménagée côté halles, le rallongement des mains courantes de l’emmarchement principal et la mise en service d’un système de commande et de communication avec visiophonie et sonnette. L’escalier d’honneur et la salle d’honneur ont été réhabilités. L’ensemble de ces travaux, supervisés par le cabinet NURArchitectes, s’est élevé à 340 000 €.

En 2024, la modernisation des équipements de la mairie s’est poursuivie avec la pose de deux panneaux lumineux pour la communication municipale et  associative sur le fronton et l’installation, dans le hall, d’une borne tactile qui donne accès à diverses informations pratiques et aux services en ligne. à l’extérieur, du côté des halles, un écran permet l’affichage légal notamment les arrêtés municipaux, documents d’urbanisme et comptes-rendus des conseils municipaux. Un investissement de 23 000 € en partie financé par l’État.

[7] Les Carlier sont une grande famille d’architectes. Léopold et Louis ont conçu le groupe scolaire Anatole-France en 1925 après 13 années de travaux, le Monument aux Morts de la place Jean-Jaurès, érigé en 1922 à la mémoire des Frontignanais morts pour la France fut conçu par Louis ou encore le « Serrement de main », un pavillon-abri construit également par Louis Carlier en 1926 à l’angle de l’avenue Frédéric-Mistral, de la rue de la Coste et de l’avenue des Thermes où, jusqu’aux années 1950, la coutume voulait qu’à la sortie de l’église, un cortège se forme pour accompagner le défunt au cimetière de la route de Balaruc. Le petit-fils de Léopold, René a supervisé les travaux de rénovation de l’Hôtel de ville et de l’église, notamment la conservation de l’orgue.


Le parvis et les fontaines

L’histoire des fontaines est très peu documentée. S’il est fait mention d’une fontaine et d’un bassin dès 1715 devant la Maison de ville dans certains documents conservés aux archives municipales, on ne sait pas vraiment quand elle a été installée ni supprimée. Des images montrent cependant la présence d’une fontaine sur la place de l’Hôtel de ville au début du XXe siècle. Par la suite, une fontaine avec jet d’eau prend place en 1981. Celle-ci est remplacée par un parterre de fleurs en 1989. Il s’avérait que les moustiques s’y multipliaient et qu’elle était l’objet de nombreuses incivilités. Certains matins, l’eau était colorée ou de la lessive ou autre liquide vaisselle produisaient quantité de mousse !

En avril 1995, le terrassement et le pavage de la place de l’Hôtel de Ville sont achevés. Une nouvelle fontaine hexagonale est installée au centre du parvis, accompagnée de six lampadaires.

Depuis le 15 juin 2009, les douze places de stationnement situées sur le parvis sont supprimées afin de redonner à cet espace une vocation de lieu de convivialité.

Le 27 avril 2015, la démolition de la fontaine est engagée, après l’abattage de deux platanes malades. Cette opération répond aux demandes des commerçants. Les travaux de démolition sont suivis de la restauration du pavage et de la réorganisation de l’espace public, pour un coût global d’environ 6 000 €. Depuis, la place est entièrement dédiée à la convivialité avec les terrasses de café et les étals du marché.

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Construit en 1896, aujourd’hui fort de plus de 130 ans de grande Histoire et de petites histoires, l’Hôtel de ville, d’abord décrié et jamais inauguré officiellement, est devenu l’un des édifices emblématiques de Frontignan. Au fil des siècles, les lieux ont changé, les bâtiments ont été reconstruits, modernisés et les usages ont évolué. Pourtant, une constante demeure : depuis l’époque des consuls jusqu’à aujourd’hui, l’hôtel de ville reste le cœur de la vie de la commune.

Plusieurs générations d’élu·es et d’agent·es y ont œuvré, et y travaillent encore, pour protéger, bâtir, administrer, unir, accueillir, informer ou accompagner les habitantes et les habitants. Théâtre des moments les plus heureux comme des plus douloureux, il accueille les cérémonies républicaines, les fêtes locales et traditionnelles, les défilés, les visites officielles et les événements du quotidien. Depuis plus d’un siècle, il demeure la maison commune de toutes les Frontignanaises et de tous les Frontignanais.