Le muscat de Frontignan, plusieurs siècles d’histoire, 90 ans d’AOC

Si l’origine de la culture de la vigne à Frontignan la Peyrade est difficile à dater précisément, le muscat de Frontignan, appelé aussi vin de Frontignan ou tout simplement Frontignan, est avéré, apprécié et réputé depuis le Moyen-Âge, bien au-delà de la commune et même par-delà les frontières nationales. Grâce à la passion et au travail acharné des viticulteurs et viticultrices, des habitant·es, des élites et des élu·es qui n’ont cessé d’oeuvrer à l’amélioration de sa qualité et à sa protection contre la fraude, le muscat de Frontignan fait la renommée de la ville. Il est une des premières appellations d’origine contrôlée de France, la première des appellations muscat, reconnue en mai 1936. Vanté au cours des siècles par de nombreux personnages célèbres, le cépage muscat blanc à petits grains se décline aujourd’hui à Frontignan la Peyrade et Vic la Gardiole en près de 75 vins ou spiritueux différents (vin doux naturel, muscat sec, moelleux, effervescent, marc…). Alors que nous célébrons cette année les 90 ans de l’AOC, devenue AOP muscat de Frontignan en 2009, retour sur la longue et riche histoire de ce vin si particulier.

Le muscat de Frontignan, qu’es aquò?

Le nectar doré est issu du seul cépage Muscat blanc à petits grains, peut-être implanté dans la Gaule narbonnaise par les Romains sous le nom d’apiano uvo (raisin qui attire les abeilles) ou, plus vraisemblablement, contemporain de l’essor de la ville au cours du Moyen-Âge. La première trace avérée se trouve sur une charte d’Hugues Capet, datée de 842, qui se trouve aux archives de l’abbaye d’Aniane, sur laquelle mention est faite d’une « vigne sise dans la cité de Frontignan sur la montagne regardant la mer, au lieu-dit le Mirandou ».

Le vignoble rassemble toutes les qualités pour faire un vin d’exception. Il s’épanouit sur un sol argilo-calcaire rougeâtre, caillouteux et aride qui devient de plus en plus sableux à l’approche de la Méditerranée et qui lui convient parfaitement. Son exposition, entre plaine et collines, entre mer Méditerranée au sud et Massif de la Gardiole au nord, s’associe à un climat largement ensoleillé, où les vignes, abritées des violentes rafales du Mistral et de la Tramontane par les collines de la Gardiole, profitent au maximum de l’appoint des brises marines saturées d’humidité qui compensent une pluviométrie généralement faible.

Le muscat blanc à petits grains est moyennement vigoureux et produit peu. Ses grappes sont de taille moyenne, longues, étroites, assez cylindriques et compactes. Les baies sont sphériques, d’une belle couleur blanc ambré, et se couvrent de points roux à complète maturité. Leur chair est ferme, juteuse, très sucrée et possède un arôme qui rappelle le parfum du musc.

Un vin doux naturel de caractère

À ses débuts, le muscat de Frontignan est un vin passerillé, ce qui signifie que les vignerons tordaient les pédoncules qui tiennent les grappes, à maturité du raisin, pour couper le flux de sève et provoquer un dessèchement qui concentre les sucres dans les baies. Par la suite, ce procédé est remplacé par le mutage du moût en cours de fermentation, autrement dit l’ajout d’alcool vinique qui stoppe le processus de fermentation. Cet alcool pur (à 96 % de volume) est ajouté dans une proportion de 5 à 10 % du moût mis en oeuvre. Le jus conserve donc son sucre et ses arômes, tandis que l’alcool fait monter les degrés. Grâce à ce procédé, on obtient le si particulier Vin doux naturel (VDN) au degré alcoolique minimum de 15°.

Le cépage est classé dans les cépages hâtifs, c’est-àdire mûrs précocement. Les vendanges, jadis effectuées en octobre, sont effectuées de plus en plus tôt au cours du temps. Elles démarrent aujourd’hui régulièrement aux alentours du 10 août. Le raisin est cueilli lorsqu’il atteint une concentration en sucre comprise entre 200g (muscat sec) et 252g (AOC/AOP muscat de Frontignan) par litre, de manière à préserver un équilibre entre le sucre et les arômes caractéristiques du muscat.

Si les procédés de vinification ont évolué et continuent de le faire, la volonté constante de garantir la qualité et la spécificité du muscat de Frontignan est très ancienne. Dès le XIIIe siècle, les Frontignanais réclament que seul le raisin muscat blanc à petits grains cultivé sur place et le muscat produit dans la commune puissent se prétendre muscat de Frontignan.

L’aire de production, l’encépagement, le mode de culture et la taille de la vigne, le rendement maximum, le degré minimum d’apport du raisin, la vinification… sont définis à la toute fin des années 1920 – début des années 30, par la Commission de défense du cru et le Syndicat agricole de Frontignan. Par la suite, le cahier des charges de l’appellation AOC/AOP détermine les critères du label, avec en plus des méthodes de vinification spécifiques, des règles de production très strictes qui incluent notamment les récoltes à la main, des limites de rendement et une période de vieillissement minimum avant la commercialisation. Le désherbage chimique total des parcelles et le paillage plastique sont interdits.

Au final, les vins doux naturels muscat de Frontignan la Peyrade produisent des arômes intenses de fruits exotiques, de fleurs et de miel. En bouche, ils sont doux et moelleux, avec une acidité équilibrée qui leur confère une grande fraîcheur.

Aire de production de l’AOC/AOP muscat de Frontignan

Près de 800 hectares de muscat blanc à petits grains sont aujourd’hui cultivés sur le territoire de l’AOC/AOP qui couvre Frontignan la Peyrade et Vic la Gardiole, délimité au nord par le massif de la Gardiole, au sud par les étangs de Vic et de Thau et à l’est par le muscat de Mireval. Ils donnent une production annuelle de près de 17 000 hectolitres, dont environ 2 millions de bouteilles (90 %) proviennent de la cave coopérative.

Un vin renommé depuis des siècles

Apparu de façon certaine et répétée dans diverses archives au cours du Moyen-Age, en particulier à partir du XIIIe siècle, le muscat de Frontignan est très tôt orienté vers le commerce. On dit de lui qu’il est « capable de voyager contre vents et marées sans jamais s’altérer ». La générosité et la qualité de ses saveurs mais aussi « ses qualités médicinales » font sa grande renommée. Il est un des premiers vins à être vendu en bouteilles de verre, dès le début du XVIIe siècle. L’usage précoce du conditionnement en flacons de verre, qui assure une conservation optimale du vin et participe à son caractère luxueux, est documenté dès 1624 par plusieurs correspondances manuscrites conservées aux archives municipales.

Dès le XIIIe siècle, il est considéré comme un agréable et excellent remède qui aurait maintenu en forme les papes d’Avignon. Bien avant sa présence sur les tables royales et l’éloge fait par Voltaire (1694-1778), il était déjà encensé par Rabelais (1483 ou 1494 selon les sources-1553). Avant eux, Jacques 1er d’Aragon, dit le Conquérant, Seigneur de Montpellier et de Frontignan, fut l’un des premiers à le recommander, en 1274 alors qu’il est convoqué à Lyon par le pape Grégoire X.

Gravure médiévale de Arnoldi
de Nova Villa

A la même époque, Arnaud de Villeneuve (1240-1311), illustre médecin et théologien qui soigne rois et papes, également un des principaux artisans de l’organisation d’un enseignement médical de qualité à l’Université de Montpellier, auteur de nombreux ouvrages médicaux, prête des vertus thérapeutiques au muscat de Frontignan qui l’aurait « fait rajeunir de 10 ans ».

Au XIVe siècle, Guy de Chauliac (1300-1368), médecin des papes Clément VI et Urbain V, conseillait lui aussi le muscat de Frontignan comme « fortifiant ». Olivier de Serres (1539-1619), célèbre agronome, le vante également dans son Théâtre d’agriculture paru en 1600.

Colette photographiée par Henri
Manuel vers 1910

Après eux, bien d’autres personnages célèbres loueront les arômes, la douceur et la générosité du vin doré de Frontignan. Madame de Sévigné écrit, en 1686, que le muscat de Frontignan est « le plus aimable des collaborateurs », Thomas Jefferson, président des États-Unis de 1801 à 1809, ambassadeur en France juste avant la Révolution, adore le Frontignan, en achète et s’en fait livrer en bonne quantité de retour aux USA. Arthur Conan Doyle, écrivain et médecin (1859-1930), passé à la postérité grâce aux enquêtes de Sherlock Holmes, Paul Valéry, écrivain, poète et philosophe français (1871-1945) ou encore, plus près de nous, Colette, romancière, dramaturge, actrice et journaliste française du début du XXe siècle, écriront tout le bien qu’ils et elle pensaient du muscat de Frontignan, que Colette décrit comme « un coup de soleil, un choc voluptueux ».

Une lutte séculaire pour la qualité et contre la fraude

Au cours de la longue histoire du muscat de Frontignan, les Frontignanais sont très tôt soucieux de la qualité de leur vin. Les premières preuves de cette constante préoccupation remontent au XIIIe siècle et se succèdent au fil du temps. Ainsi, dès 1249, sur la demande des habitants, pour éviter la fraude, le Seigneur de Frontignan, Jacques 1er d’Aragon, interdit que les vins et raisins de l’étranger n’entrent dans la ville.

Parmi les nombreuses mesures prises pour protéger le muscat frontignanais, quelques dates importantes : le 15 octobre 1369, le Duc d’Anjou, lieutenant général en Languedoc, demande au bayle de Frontignan (ancien administrateur) de veiller à l’exécution d’une mesure récente qui « interdit de fumer trop les vignes de peur que le vin muscat soit moins propre à être exporté ». Le 26 juin 1629, la ville demande au roi qui se trouve à Montpellier « de ne point laisser entrer de vin étranger dans la commune ».

Jacques 1er d’Aragon – Portrait
réalisé en 1427, conservé au musée
national de Catalogne.

Il fut alors décidé de faire une marque au feu que l’on apposerait sur les barriques de muscat de Frontignan. En 1645, pour répondre à la requête des Consuls, le Parlement de Toulouse accepte que la ville crée une marque officielle à usage exclusif du muscat récolté sur le territoire de la commune de Frontignan afin de pallier aux fraudes dont il est victime. Le 18 juillet 1651, un arrêté du parlement de Toulouse prévoit de poster, l’année suivante, deux inspecteurs pour contrôler les vins qui entrent dans la commune. Il est convenu de les inscrire sur un registre et de veiller qu’ils ne portent pas la marque de Frontignan. En 1712, une fois encore, alors que la communauté est réunie en conseil général en présence des consuls modernes et des principaux habitants hauts contribuables, il est décidé d’employer des solutions drastiques pour éviter la fraude et protéger le cru. L’assemblée délibère « qu’il sera fait, tous les ans au mois d’août, une nouvelle marque aux armes de la ville délivrée pour le millésime et le nom de Frontignan sera pour légende autour. Il sera nommé un député pour marquer toutes les pièces du cru de la ville. » Cette délibération est confirmée , en 1714, par le roi Louis XIV.

Malgré toutes ces mesures, la fraude continue et des négociants peu scrupuleux vendent des vins étrangers ou des mélanges de vins comme étant du muscat de Frontignan. Au début du XIXe siècle, en 1818, le maire, Joseph Lapierre, demande au préfet de l’Hérault Creuzé de Lesser d’autoriser la nomination de trois commissaires chargés de contrôler, avec le maire, les caves et celliers de tous les producteurs et d’y vérifier la quantité de vin muscat récolté. Un inventaire des tonneaux récoltés est réalisé pour s’assurer qu’il n’y ait pas plus de vente que de récolte. Dans le même temps, pour lutter contre les vols dans les vignes de muscat, des gardes champêtres sont nommés pour les surveiller.

Si la production de muscat a très tôt bénéficié d’une législation particulière pour éviter les contrefaçons, ce n’est qu’au XIXe siècle que naît la codification des vins doux naturels. Elle débute par la loi ARAGO, du 2 août 1872, qui reconnaît l’existence d’une production originale de vins présentant un titre alcoométrique volumique acquis compris entre 15% et 18%. Jacques 1er d’Aragon – Portrait réalisé en 1427, conservé au musée national de Catalogne.

Puis, la loi PAMS, du 13 avril 1898, réserve l’utilisation de la mention traditionnelle « vin doux naturel » aux vins qui « auront la possibilité d’être maintenus sous le régime des vins, moyennant paiement d’un demi droit de consommation de l’alcool employé au mutage ». Enfin, la loi BROUSSE, du 15 juillet 1914, précise les cépages dont est issue la production de vin doux naturel, parmi lesquels le cépage muscat à petits grains blancs.

Dans la seconde moitié du XIX siècle, les vignerons ᵉ sont confrontés à plusieurs crises majeures : l’oïdium, qui se propage autour de 1850 et entraîne la perte de la quasi-totalité des récoltes frontignanaises, puis le phylloxéra, qui atteint l’Hérault dans les années 1870 et oblige les Frontignanais à arracher leurs vignes, et enfin le mildiou. Face à ces fléaux, les viticulteurs languedociens se sentent de plus en plus menacés. Ils dénoncent l’importation des vins d’Algérie arrivant par le port de Sète, la chaptalisation, qui consiste à ajouter du sucre au moût pour augmenter le degré alcoolique, et toujours, l’élaboration de vins factices.

Le 12 décembre 1893, une manifestation a lieu à Montpellier et une pétition mettant en cause la fraude et les vins falsifiés recueille des milliers de signatures. Les premiers appels à faire grève des impôts sont lancés avec le soutien d’élus qui brandissent la menace de démissionner de leurs mandats.

Un Comité régional de défense viticole des intérêts du Midi est constitué le 20 janvier 1905. Mais au Parlement, les interventions de Gaston Doumergue, député du Gard, et de Félix Aldy, député de l’Aude, demeurent sans effet : leurs collègues restent insensibles à la question viticole et rejettent les propositions destinées à la défense du vin naturel.

La révolte des vignerons du Midi

Engagé dès 1900 dans la lutte pour la défense du vin naturel contre le vin de fraude, Marcelin Albert, vigneron et cafetier à Argeliers, dans l’Aude, organise le 11 mars 1907, avec Élie Bernard, fondateur du Comité de défense viticole dit Comité d’Argeliers, une marche de 87 vignerons vers Narbonne afin d’obtenir une entrevue avec une commission parlementaire. 300 personnes se rassemblent le 24 mars à l’occasion du premier meeting organisé par le Comité d’Argeliers à Sallèles d’Aude. Le mouvement enfle et très vite, tous les dimanches, des rassemblements et des manifestations mobilisent de dizaines de milliers de personnes. Le 31 mars, ce sont 600 manifestant·es qui se retrouvent à Bize-Minervois. En avril, ils et elles sont un millier le 7 à Ouveillan, plus de 5000 le 14 à Coursan, près de 15 000 le 21 à Capestang, 25 000 le 28 à Lézignan-Corbières. Le 5 mai, 100 000 à Narbonne, 150 000 à Béziers le 12, 200 000 le 19 à Perpignan, 250 000 le 26 à Carcassonne. Le 2 juin, 300 000 personnes manifestent à Nîmes. Le 9 juin 1907 marque l’apogée de la contestation vigneronne dans le Midi de la France, avec une foule estimée entre 600 et 800 000 personnes sur la place de la Comédie à Montpellier.

Tous les comités de défense viticoles des départements du Gard, de l’Hérault, de l’Aude et des Pyrénées-Orientales se fédèrent et adoptent le serment des fédérés. Les Vignerons, habitant·es et élus de Frontignan s’associent à cette révolte et participent aux manifestations.

Réprimée par Georges Clemenceau, président du Conseil, mais soutenue par Jean Jaurès, député et fondateur du journal L’Humanité, ainsi que par de nombreux élus locaux – plus de 600 conseils municipaux démissionnent collectivement, dont celui de Frontignan, et certains appellent à la grève de l’impôt – la Révolte des vignerons du Midi, également appelée Révolte des Gueux, s’achève dans le sang. La violente répression fait sept morts, dont Julie Bourrel, dite Cécile, une jeune femme de vingt ans. Ses obsèques marquent la dernière grande manifestation du Midi viticole. Entre-temps, le Parlement renouvelle sa confiance au gouvernement de Georges Clemenceau, ce qui conduit Jaurès à écrire en une de L’Humanité : « La Chambre acquitte les massacreurs du Midi ».

C’est donc au prix de semaines d’une incroyable mobilisation vigneronne, citoyenne et populaire et de ces 7 vies perdues que, le 29 juin 1907, sous la pression des événements et du député Jean Jaurès, la loi protégeant le vin naturel contre les vins trafiqués est adoptée. Elle interdit la fabrication et la vente de vins falsifiés ou fabriqués. Tous les propriétaires doivent désormais déclarer la superficie de leurs vignobles. Elle impose également les déclarations de récolte et de stock, et le droit pour les syndicats de se porter partie civile dans les procès pour fraudes. Le même jour, les parlementaires promulguent une loi « tendant à prévenir le mouillage des vins et l’abus du sucrage par une surtaxe sur le sucre et obligation de déclaration par les commerçants de vente de sucre supérieur à 25 kilos ».

La loi du 15 juillet complète celle du 29 juin en réglementant la circulation des vins et des alcools. Le 3 septembre, parait un nouveau décret spécifiant que : « Aucune boisson ne peut être détenue ou transportée en vue de la vente ou vendue sous le nom de vin que si elle provient exclusivement de la fermentation alcoolique du raisin frais ou du jus de raisin ». Le 21 octobre, un autre décret institue le « service de la répression des fraudes » et définit ses fonctions, son autorité et ses moyens.

Création de la coopérative et des instances de défense du cru

En dépit des catastrophes (invasions, guerres, épidémies, aléas climatiques, maladies de la vigne) mais aussi des mutations économiques vers des productions de masse ou industrielles et des crises viticoles les plus graves, les vignerons de Frontignan maintiennent une pratique viticole résolument qualitative, qui se traduit par une limitation extrême des rendements et par une défense précoce de la protection de leur « terroir » de production.

En 1910, un négociant frontignanais, Victor Anthérieu, qui deviendra maire en 1912, incite les vignerons de Frontignan à se regrouper en une Société de producteurs de muscats de Frontignan. Cette organisation, dont le premier président-directeur fut Jacques Combette, engage la construction des premiers bâtiments de la cave coopérative, avenue du Muscat, dessinée par l’architecte du gouvernement Edmond Leenhardt. Elle permet aux vignerons de partager et améliorer leur savoir-faire en matière de vinification. Le 14 février, les statuts de la coopérative de production sont déposés sous la dénomination de Société coopérative anonyme à capital variable de producteurs de muscats de Frontignan. La première vinification de muscat dans la cave s’effectue en septembre 1910. Comme convenu dans le contrat, Victor Anthérieu rachète toute la production de la cave. Trente litres de muscat sont tout de même accordés à chaque adhérent pour la consommation familiale.

En 1912, une société de vente vient compléter la coopérative de production. L’acte de création de la Société coopérative de vente des muscats naturels de Frontignan est signé chez le notaire, Maître Ribes. La société a pour objet « l’achat et la vinification des raisins muscats de Frontignan, ainsi que la revente des produits naturels obtenus avec ces raisins sous forme de vins de liqueur, de vins secs et d’eaux-de-vie de muscat. Cette vente sera effectuée à la bouteille en vue de garantie d’authenticité ». Le premier président de cette société, élu par le conseil d’administration, est Etienne Anthérieu, cousin de Victor qui en est le directeur-gérant.

Si la légende dit que la bouteille de muscat est torsadée parce que Hercule, ayant tellement apprécié le breuvage, la tordit pour en avaler les dernières gouttes, c’est en réalité la verrerie marseillaise Veuve de Queylar qui l’inventa en 1885. La cave coopérative, soucieuse de son image de marque, choisit, dès 1912, la « bouteille bordelaise cannelée avec écusson » qui deviendra l’emblème du muscat de Frontignan. Le 9 janvier 1913, elle dépose le modèle d’étiquette au tribunal de commerce de Cette (Sète).

Malgré le marasme général du aux conséquences de la Grande Guerre et quelques désaccords entre la société des producteurs et la société de vente sur le prix d’achat du raisin, la société de vente se porte bien, augmentant chaque année son chiffre d’affaire. En 1925, la coopérative de producteurs propose un projet de délimitation géographique du cru en s’appuyant sur une délibération issue du cahier de doléances de 1789 disant que « toute personne étrangère à la ville ne pouvait introduire dans la commune du muscat soit en vin, soit en raisin ». En 1928, face à la recrudescence de contrefaçons, Victor Anthérieu propose à tous les producteurs et tous les négociants d’adjoindre au Syndicat agricole de Frontignan une organisation de défense du cru. La commission de défense du cru muscat de Frontignan est alors créée. C’est une branche du Syndicat agricole local présidé par Argelliers-Miailhes.

Également en 1925, la cave coopérative des vignerons, elle aussi créée par Victor Anthérieu, est construite et dépose ses statuts sous le nom de Cave coopérative des producteurs de vins Montagne-Frontignan. Elle produit et commercialise des vins rouges et blancs. En 1937, la cave prend le nom de Cave coopérative des producteurs de vins rouges et vins blancs secs supérieurs, puis, en 1950, elle devient Coopérative de vinification la Gardiole, Frontignan. Enfin, en 1993, la coopérative de muscat et celle de vins rouges et blancs fusionnent sous le nom de Société coopérative agricole Frontignan.

AM. Collection Sala

Au décès de Victor Anthérieu, en 1932, la coopérative de vente est dirigée et présidée par son gendre, Eugène Orsetti. En 1938, l’assemblée générale décide la dissolution anticipée de la société et c’est en 1940 que la coopérative de production rachète le matériel de la liquidation de la société de vente. La nouvelle société coopérative du muscat de Frontignan décide de commercialiser elle-même la production. Le 7 septembre 1941, se tient la première réunion de la coopérative. « La société a pour objet de mettre en commun les récoltes de muscats, faire la vinification au siège social et vendre ces vins muscats au commerce local ou, à défaut d’entente avec ce dernier, au commerce extérieur ».

Malgré toutes les mesures prises et lois adoptées contre la fraude, on trouve encore quelques infractions, comme par exemple en 1937, le vin « Frontignamont » fourni par le négociant frontignanais Jean Paloc à des commerçants de gros qui revendent eux-même aux petites commerces. Il est alors signifié au négociant que « la dénomination « Frontignamont » portée sur l’étiquette, de même que la vue du château, sont de nature à faire croire que le vin provient d’un cru d’origine ». Ainsi, on trouve aux archives municipales, plusieurs documents, comme des procèsverbaux attestant qu’à plusieurs reprises Jean Paloc est inculpé par le procureur du Tribunal de Montpellier d’entorse aux articles 12 et 13 du décret du19 août 1921 stipulant notamment l’interdiction « de toute indication, de tout mode de présentation (dessin, illustration, image ou signe quelconque) susceptible de créer une confusion dans l’esprit de l’acheteur sur la nature, l’origine, les qualités substantielles, la composition des produits, ou la capacité des récipients les contenant » .

Vue de la cave coopérative au début des années 1960.

Dans les années 1940, la cave revendique son indépendance face au négoce. La première embouteilleuse est achetée et un réseau de représentants couvrant tout le territoire métropolitain est constitué. La vente directe se développe via les foires-expositions partout en France et avec l’ouverture du Jardin des Dégustations (boutique de vente). La cave connaît des hauts et des bas mais ne cesse de se moderniser. En 1947, elle modifie ses statuts et prend désormais le nom de Coopérative du muscat de Frontignan. La mise en place de circuits commerciaux de grande distribution généralise et popularise encore davantage le muscat frontignanais. En parallèle, des propriétaires indépendants produisent aussi leur muscat de Frontignan.

Issu de la commission de défense du cru du muscat de Frontignan créé en 1928, le Syndicat de défense du cru muscat de Frontignan voit le jour le 25 avril 1960. Sa mission est de défendre la gestion de l’aire d’appellation muscat de Frontignan, composée de parcelles des communes de Frontignan la Peyrade et de Vic la Gardiole à l’intérieur du périmètre tel qu’il est défini par le jugement du Tribunal de Nîmes en date du 4 juillet 1935 et tel qu’il figure sur le plan approuvé par la comité des appellations d’origine contrôlée. La cave poursuit sa modernisation.

En 2016, le Syndicat de défense du cru de muscat de Frontignan prend le nom de Syndicat de défense du muscat de Frontignan. Il est aujourd’hui présidé par Thibault Rubio. Sa mission est toujours d’organiser, défendre, contrôler et promouvoir l’appellation muscat de
Frontignan.

La tonnellerie

Avant l’invention du tonneau, le vin grec et romain était transporté par navires en amphores de terre cuite, puis transvasé dans des outres en cuir pour continuer leur route par voie terrestre. Moins fragiles, ces outres pouvaient être chargées sur des animaux de bât sans se briser. Bien plus léger que l’amphore et plus maniable que l’outre, le tonneau s’impose progressivement : un seul homme peut le déplacer ou le charger, même plein, tandis que l’outre, pouvant contenir jusqu’à 500 litres, nécessite plusieurs porteurs et reste vulnérable aux accidents.

Atelier de tonnellerie Freyssinet-Gros. (Collection Imbert, cl ODAC)

Derrière son apparente rusticité, le fût est un chef-d’oeuvre de technique : fabriqué selon le savoir-faire traditionnel sans colle ni clou, il doit son étanchéité au savoir-faire du tonnelier qui assemble les douelles(1) en force, les cintre au feu et les maintient par des cercles de bois souples ou de métal. Le liquide contenu assure l’étanchéité finale en faisant gonfler le bois, tandis que le trou de broquereau(2) permet un soutirage simple par gravité.

Le trou de bonde, percé sur le flanc bombé, permet le remplissage et l’ouillage(3) régulier. Peu d’objets aussi complexes, dont la fabrication reste inchangée depuis deux millénaires, nous entourent aujourd’hui. Seuls le choix du bois pour une meilleure interaction avec le vin et l’automatisation du cintrage et du serrage ont évolué.

La tonnellerie témoigne d’une longue tradition en France : la trace des premières corporations de maîtres tonneliers et Compagnons du devoir se retrouve dès le IXe siècle. À partir de l’an mil, dans toutes les villes et tous les villages viticoles, les tonneliers prospèrent et constituent de puissantes corporations.

A Frontignan, chaque chai avait son atelier de tonnellerie qui employait de 1 à 4 ou 5 ouvriers pour les plus importants. On utilisait principalement le châtaigner venu des Cévennes et des environs de Saint-Pons et le chêne, plus cher mais plus robuste, surtout utilisé pour les foudres et les fûts de vieillissement.

Dans la première moitie du XXe siècle, l’augmentation de la production de muscat et des vins de table ainsi que l’élaboration des vins cuits et des apéritifs à Frontignan firent se développer la tonnellerie. Au plus fort de la production, il se fabriquait environ 250 futailles de 35 à 135 litres par jour. Le syndicat des patrons tonneliers de Frontignan vit le jour le 1er avril 1924 et eut pour premier président Léon Barre.

Avant 1907, 17 tonneliers et 2 foudriers exerçaient dans la commune. Dans les années 1930, les tonneliers avaient vu leur nombre diminuer. La guerre terminée, un brusque regain d’activité, permettra a une cinquantaine d’entre eux d’employer quelques ouvriers. En 1944, on dénombrait 46 artisans inscrits au groupement professionnel et cinq non-inscrits, sans compter les ouvriers. Le syndicat fut dissous en 1959. En 1993, le dernier tonnelier en activité dans la commune, Albert Bouldoire, père de l’ancien maire Pierre Bouldoire, ferma son atelier situé avenue des Vignerons.

Histoire de la création de l’AOC/AOP

L’Appellation d’Origine Contrôlée (AOC) est un pilier de la gastronomie française. Les premières protections officielles remontent aux édits royaux de 1766 sur l’Armagnac. Ils réglementaient la zone de production, les méthodes d’élaboration et la commercialisation, marquant ainsi une étape majeure dans la reconnaissance de la spécificité des produits régionaux.

La loi du 1er août 1905, réprimant les fraudes et falsifications alimentaires et agricoles, a instauré une réglementation plus stricte des dénominations géographiques, préfigurant l’AOC pour protéger le patrimoine gastronomique et viticole français contre les fraudes et imitations.

Sous l’impulsion de Pierre Le Roy de Boiseaumarié, dit baron Le Roy, vigneron à Châteauneuf-du-Pape, de Joseph Capus, sénateur de la Gironde et ancien ministre de l’agriculture, et d’Édouard Barthe, député de l’Hérault, fondateur de l’Office international de la vigne et du vin, le décret-loi du 30 juillet 1935 officialise les AOC. Des critères stricts, zone géographique, cépages autorisés, méthodes de culture et de vinification, rendements maximaux, sont établis. Le Comité National des Appellations d’Origine des vins et eaux-de-vie est créé pour définir et contrôler les conditions de production des vins et spiritueux bénéficiant d’une appellation d’origine.

Premier muscat AOC de France

Le 15 mai 1936, Châteauneuf-du-Pape devient la première appellation d’origine contrôlée de France suivie, deux semaines plus tard par celle du muscat de Frontignan, initialement définie par le jugement du tribunal de Montpellier du 4 juillet 1935 et reconnue par le décret du 31 mai 1936. C’est le premier muscat à obtenir une AOC. Il y aura ensuite le muscat de Lunel (1943), le muscat de Beaumes-de-Venise (1945), le muscat de Saint-Jean-de- Minervois (1949), le muscat de Rivesaltes (1956), le muscat de Mireval (1959) et le muscat du Cap-Corse (1993).

En 1947, le Comité National des Appellations d’Origine devient l’Institut National des Appellations d’Origine (INAO), chargé de gérer, protéger et promouvoir les appellations françaises. Il définit les cahiers des charges des AOC, contrôle leur respect par les producteurs et défend les appellations contre les usurpations, en France comme à l’étranger.

En 1992, afin d’harmoniser les différents systèmes nationaux de protection des appellations au sein de l’Union européenne, l’UE a adopté un règlement introduisant les notions d’Appellation d’Origine Protégée (AOP), équivalent européen de l’AOC française. Le muscat de Frontignan reçoit l’AOP en 2009.

La bouteille torsadée

Bouteille en verre bleu-vert
produite par la verrerie de la
Sauvie. (Coll. privée. Cl. A. Riols.

D’abord transporté en tonneaux, puis en futailles certifiées afin d’éviter les fraudes, le muscat de Frontignan bénéficie dès le du XVIIe siècle d’un conditionnement en flacons de verre. C’est un des premiers vins à être vendu en bouteilles de verre, bien avant les vins de Bordeaux et de Bourgogne.

Les formes sont alors diversifiées puisque soufflées à la canne par des maîtres-verriers. Il s’agit d’une production locale de flacons en verre épais bleu-vert, communément appelés bleu de Grésigne, fabriqués par les verreries à bois situées dans les forêts voisines, au nord de Montpellier, à la lisière de l’Hérault et du Tarn, ou encore sur le causse du Larzac. A cette époque, il n’existe pas encore de modèle de bouteille spécifique au muscat.

Au début du XVIII siècle, l’arrivée ᵉ des fours à charbon révolutionne la production de bouteilles en verre. À Bordeaux, dès 1723, les verreries à charbon remplacent la bouteille en verre bleu par celle en verre noir. C’est également à cette époque que le muscat de Frontignan reçoit son propre modèle de flacon, la frontignane, nommée ainsi non pour sa forme, mais pour son contenu.

Dans la première moitié du XIXᵉ siècle, les verreries de Bordeaux continuent de fournir les bouteilles pour le marché de Frontignan, mais leur forme et leur capacité se standardisent. Avec l’adoption progressive du système métrique, la bouteille contient 75 cl et prend la forme classique de la bordelaise. Pour mettre en valeur la couleur dorée du muscat de Frontignan et le distinguer des autres vins, le verre noir est remplacé par du verre incolore.

Différents modèles à cannelures créés pour Frontignan.

Dans la seconde moitié du XIXe, Frontignan change de fournisseur et la verrerie marseillaise Veuve de Queylar, obtient le marché des bouteilles, grâce à l’invention des moules en fonte qui font gagner un temps de fabrication important aux ouvriers du verre. Et, en ces temps de révolution industrielle, la rentabilité et la modernité priment sur la tradition ! En 1885, la verrerie de Queylar dépose à l’Institut nationale de la propriété industrielle (INPI) le premier modèle marseillais de bouteille à muscat.

En 1912, deux ans après la création de la coopérative de producteurs de muscat, le conseil d’administration décide que la bouteille bordelaise cannelée à écusson deviendra l’emblème du muscat de Frontignan. Cependant ce modèle est déjà utilisé par d’autres producteurs locaux (Bècle-Combette, Labarthe et Argellier).

La cave coopérative entame alors un recours en justice pour en acquérir les droits qu’elle n’obtiendra qu’en 1925. Les caractéristiques de la bouteille évolueront au fil du temps, elles sont lisses à l’extérieur et torsadées et cannelées à l’intérieur puis le principe s’inversera. Elles seront un temps fabriquées par la verrerie d’Albi dont le moule en fonte est exposé dans les vitrines du musée municipal. Ce moule ne comporte pas l’écusson d’origine.

En 1914, pour emporter sur les foires régionales, notamment celle de Lyon, la coopérative fait fabriquer des mignonnettes cannelées, à l’image au 1/10e de leur grande soeur.

Pour apprécier pleinement les arômes délicats du muscat, il est recommandé de le déguster dans un verre à vin blanc de forme tulipe. Le col resserré concentre les parfums vers le nez, tandis que la légère courbure du verre répartit le vin sur la langue, révélant la complexité des saveurs douces et florales.

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Les viticulteurs et viticultrices du territoire

Aujourd’hui 7 domaines indépendants et l’historique cave coopérative font perdurer le savoirfaire et la renommée des muscats de Frontignan la Peyrade, régulièrement primés par divers concours nationaux et internationaux.

LE CHÂTEAU DE STONY

  • Alain Diaz
  • Route de Balaruc – Frontignan
  • 04 67 18 80 30 – 07 88 52 37 50
  • chateau-stony.fr

LE MAS DE LA PLAINE HAUTE

  • Olivier Robert
  • Chemin de la Plaine Haute – Vic-la-Gardiole
  • 06 87 43 62 74
  • plaine-haute.com

LE DOMAINE DU MAS ROUGE

LE MAS DE MADAME

  • Guillaume Sourina
  • Route de Montpellier – D612 – Frontignan
  • 04 99 57 09 17
  • mas-de-madame.com

LE DOMAINE DE LA PLAINE

LE CHÂTEAU DE LA PEYRADE

  • Rémi et Bruno Pastourel/Pierre Gisbert
  • Rond-point Salvador Allende – Frontignan
  • 04 67 48 61 19
  • chateaulapeyrade.com

LE DOMAINE PEYRONNET

CAVE COOPÉRATIVE – FRONTIGNAN MUSCAT

  • présidée par William Juan, elle inclut notamment les domaines étiquetés des Mas de Suède, de Rimbault, Bernadou, du Domaine de la Coste et des Châteaux Six Terres et Peyssonie. 130 coopérateurs au total, dont près d’une vingtaine de coopératrices, contribuent à la production de la cave.
  • 14 avenue du Muscat – BP 136 – Frontignan 04 67 48 93 20
  • frontignanmuscat.fr

Le Festival du muscat

Depuis 1987, Frontignan la Peyrade consacre un festival à son divin nectar chaque été, au mois de juillet, le bien nommé Festival du muscat. Il fut d’abord initié par l’association Frontignan-Avenir, présidée par Marie-Josée Alquier, qui organisait tous les ans un gigantesque rassemblement, en présence de tous les vignerons et producteurs et en partenariat avec la ville et d’autres partenaires institutionnels, les commerçants ainsi que de nombreuses associations locales. Pour attirer les locaux comme les touristes, l’association programmait d’innombrables animations festives, sportives, musicales et insolites – on a vu les pompiers descendre le clocher de l’église en rappel ! – et invitait des personnalités connues, notamment des vedettes du petit écran qui occupait encore à l’époque une place très importante dans la vie des gens. Ainsi, le journaliste sportif, célèbre commentateur de matchs de football Thierry Roland, l’animatrice de télé Danièle Gilbert, l’actrice Danièle Evenou, le navigateur Gérard d’Abboville, l’acteur, humoriste, animateur de télévision Olivier Lejeune, le triple champion d’Europe de boxe Eric Nicoletta, et tant d’autres célébrités ont contribué au succès du festival.

A partir de 1999, c’est la ville qui s’est occupée de l’organisation de ce rendez-vous incontournable de juillet pour tous les amateurs et les amatrices de muscat de Frontignan, avec la volonté de davantage recentrer la manifestation sur le muscat, le patrimoine et les traditions locales. Visites de caves, balades gourmandes, ateliers de dégustation, expositions et autres rendez-vous traditionnels, joutes languedociennes, baléti… rythment ces jours de fête qui, en plus des stands de dégustation qui envahissent le coeur de ville, permettent de rencontrer les vignerons et vigneronnes pour découvrir les contours de leur travail et percer les secrets des fameux muscats de Frontignan la Peyrade.

Ces dernières années, de nouveaux rendez-vous estivaux liés au muscat sont proposés avec notamment Un chef dans les vignes, des menus de chef locaux concoctés et servis avec du muscat dans les domaines. Les Emmuscades, qui invitent le public à des séances de cinéma sous les étoiles, au coeur des domaines muscat, précédées par une fameuse brasucade de moules et une dégustation de vin. Le Muscat’ Van, véhicule floqué aux couleurs du breuvage, fait la tournée des plages en proposant des dégustations gratuites, ou encore Total musclum, le grand concours de brasucades de moules où les producteurs et productrices de muscat proposent également de faire découvrir leurs vins.

L’engagement de toute une communauté, la municipalité, les producteurs et productrices, les coopérateurs et coopératrices, les chef·fes, les associations locales et les habitant·es, contribuent ainsi au rayonnement du muscat de Frontignan et au développement de l’oenotourisme autour de ce fleuron de la viticulture française. Parmi les offres oenotouristiques, ont peut aussi retenir les gîtes vignerons disponibles au sein de domaines viticoles de muscat comme au Domaine de Selhac et au Chateau de Stony.

La commanderie des Torsades

Membre de l’Académie des confréries du Languedoc-Roussillon, la Commanderie des Torsades de Frontignan a été créée en 1992 pour honorer, valoriser et faire connaître les qualités gustatives du muscat de Frontignan. Elle apporte son appui et participe aux initiatives qui visent à mieux faire connaître les muscats de Frontignan.

Son nom fait bien sûr référence à la bouteille torsadée emblématique du muscat de la coopérative. Les personnes intronisées sont appelées Chevaliers de la Muscarole. La Coupo santo est l’hymne de la commanderie, elle est chantée à toutes les manifestations.

Le costume des dignitaires est inspiré des robes que portaient les consuls au XVIIe siècle. Elles sont de couleur or et comportent une croix du Languedoc et les armes de la ville. La bannière de même ton que la robe présente, en son centre, les armes de la ville barrées d’une bouteille de Frontignan.

L’avers de la médaille que portent les dignitaires représente un groupe d’enfant cueillant des grappes de raisin. Sur la gauche figurent les armes de la ville. Sur le revers en exergue, Commanderie des Torsades de Frontignan avec une date, qui est celle de la première date apposée au feu sur les barriques pour en garantir l’authenticité. Au centre, une tour crénelée d’où rayonnent les torsades. Cette médaille a été créée par Serge Santucci, médailleur de la monnaie de Paris, également artiste, qui a également fait la médaille de la ville et l’arbre de la Liberté sur le square du même nom.

Promesses d’avenir

En ce début de XXIe siècle, la cave coopérative Frontignan Muscat poursuit sa politique volontaire de recherche, tant sur la qualité des produits que sur leur diversité. En 2012, elle élabore un muscat sec rosé vinifié avec les cépages muscats rouge et blanc à petits grains. En 2016, un vin de liqueur vinifié comme un muscat de Frontignan et uniquement à base de muscat rouge à petits grains refait aussi son apparition après avoir été longtemps délaissé. Ce muscat rouge aurait déjà conquis quelques exigeants palais de spécialistes de dégustation, notamment ceux de l’INAO. « Ils se sont déplacés sur place. Ils ont bien pu se rendre compte que c’était un produit de qualité qui correspondait effectivement aux valeurs requises pour figurer sur un cahier des charges AOP », relate Thibaut Rubio, président du syndicat de défense du Muscat de Frontignan. « Ils ont reconnu que c’est un produit d’exception. Et là, on n’attend plus que le feu vert, la délivrance, pour commercialiser enfin notre muscat rouge AOP au même titre que son frère blanc AOP ». En 2019, c’est une AOP muscat de Frontignan sans sulfites ajoutés, 100% nature qui est proposée. Enfin, 2023 voit la première cuvée de muscat orange qui offre des arômes de fruits confits, une attaque florale et un goût de miel. « Pas d’agrume ajouté dans le divin nectar, le cahier des charges AOP est respecté. C’est la vinification des raisins blancs à petits grains qui est différente car, si pour le muscat classique, on laisse macérer le jus des raisins pressés, là il est vinifié comme du vin rouge. On laisse les pépins et la peau. À la suite de cette macération pelliculaire, ce sont ces éléments-là qui donnent cette teinte orangée au produit » explique William Juan, le président de la cave.

Chez les indépendants aussi, on se tourne de plus en plus vers le bio et la diversification. Ainsi, on trouve des secs, des moelleux, des doux, des muscats de vignes anciennes, des muscats affinés en bonbonnes à l’extérieur pendant 12 mois, des muscats vieillis en fût de chêne pendant deux ans, des effervescents, des marcs, des muscats de vendanges surmuries, des eaux-de-vie de muscat…

Les bonbonnes ambrées du Domaine de la Plaine.

Ainsi, fort de 10 siècles d’histoire et 90 ans d’Appellation, l’avenir du Muscat de Frontignan se tourne résolument vers l’innovation, tout en respectant et valorisant son riche héritage. Élément majeur de l’économie et de l’identité de la ville, son développement actuel est marqué par une approche plus écoresponsable et une valorisation des méthodes de production durables. Les viticulteurs et viticultrices de la cave, comme celles et ceux des domaines indépendants, s’engagent de plus en plus dans la préservation de l’environnement et de la biodiversité en développant des vins sans sulfites et des vins bio. Les nouveautés autour du muscat sec, pétillant, rouge ou orange symbolisent également cette renaissance et illustrent la volonté de diversifier les produits tout en faisant revivre des traditions oubliées pour enrichir l’avenir. Malgré l’adaptation contrainte au changement climatique, la détermination à faire toujours mieux, meilleur, plus sain et de ravir tous les palais promet de délicieuses surprises à boire dans les années à venir, avec joie et modération, avant de fêter les 100 ans de l’appellation.

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Notes de bas de page : 

1 : Pièce de bois étroite, légèrement biseautée, servant à former les parois de tonneaux, de réservoirs, de cuves et de canalisations
2 : Synonyme de bonde : Bouchon fermant le trou de remplissage d’un tonneau.
3 Action périodique visant à ajouter régulièrement un vin de même qualité dans des fûts et cuves présents dans une cave.