FLP MAG #47 – Le dossier – Pôle culturel Les Chais du canal : quand l’histoire se raconte au présent

Voici un projet riche de vie et de culture conçu pour être à la portée de tous les habitants : situé quai Voltaire, le nouveau pôle culturel, Les Chais du canal, abrite entre ses murs un cinéma de quatre salles, une librairie indépendante, un restaurant et une école du documentaire. Un lieu authentique, en plein cœur de ville, chargé de l’histoire de la commune. Le bâtiment redessine aussi le visage du centre-ville qui accueille renouveau et vitalité le long des rives du canal transformées en promenade. Pour de nouveaux récits portés à l’écran, sur la feuille, dans l’assiette, face à l’objectif et dans les cœurs.

À la croisée des arts cinématographique, littéraire et culinaire, dans un lieu où le patrimoine des anciens chais Botta raconte lui aussi une histoire, le pôle culturel attire le regard, ne serait-ce que par son architecture. Sa façade de verre striée de poutrelles en métal surplombe un large parvis minéral dont les marches s’estompent le long du canal du Rhône à Sète. Il est d’ailleurs l’un des rares établissements culturels de France à proposer un accès par voie fluviale et connecte le centre ancien au sud de la ville via la passerelle piétonne au-dessus de l’eau, débouchant elle-même sur un parking ouvert récemment. En outre, dans le cadre des balades artistiques en Méditerranée créées par l’agglomération, l’œuvre d’Hervé Di Rosa précède la volée de marches de l’entrée principale. Une table de « désorientation » en azulejos aux couleurs des paysages environnants, qui guide le promeneur vers le cœur de ville.

Cet environnement à la fois atypique et remarquable, au contact de l’ancien patrimoine viticole et proche du passage lent des péniches, se couple à un projet d’envergure de pôle culturel porté par la ville à travers un partenariat public/privé, créateur d’un poumon de vie et d’activité économique. En effet, avec le cinéma Quai des Lumières, la librairie Les choses de la vie, le restaurant La Cave à Nico… fait son cinéma et l’école Explore Academy, le site a été pensé comme un écosystème structurant à taille humaine, entre culture et loisir, à l’échelle du bassin de Thau.

Ici, on aime raconter des histoires, illustrer la vie et le vivant, explorer l’âme humaine. Comme une mise en abyme, un récit dans le récit, les habitants tissent eux aussi une nouvelle histoire, à la fois ensemble et dans ce nouveau haut lieu de la vie locale, aux côtés des acteurs qui le font vivre.


Vendredi 19 décembre, les portes du cinéma Quai des Lumières se sont ouvertes : sur le seuil, les frères Auguste et Louis Lumière venus s’amarrer, quai Voltaire, à bord de leur voile latine. Un clin d’œil à l’histoire du cinéma pour démarrer une nouvelle aventure cinématographique à Frontignan la Peyrade.

Après quatorze années de gestation, le projet a vu le jour au sein des anciens chais Botta. Quatre salles obscures de 50 à 260 places (dont 15 PMR) pouvant accueillir jusqu’à 570 personnes simultanément, une technologie de pointe avec un son immersif à 360° et une qualité d’image haute définition, un grand confort d’assise grâce aux fauteuils inclinables et leurs alternatives love seats (banquettes duo), divans colorés et méridiennes. Sans compter l’aménagement d’espaces de convivialité : la salle dite jumelle de l’ancien CinéMistral par ses 150 places, est dotée d’un angle pour les réceptions et d’un accès à la cabine de projection au profit des scolaires dans le cadre de l’éducation à l’image. De même, l’espace Ciné Factory constitue un nouveau lieu où pourront se réunir les collectifs de spectateurs, les associations et les cinéphiles en herbe.

Le souhait de la directrice, Priscilla Schneider, à la tête auparavant du CinéMistral, était de conserver le lien avec le public à travers les opérations de médiation culturelle, les animations telles les ciné-débats et autres formats inédits de rencontre ainsi qu’une programmation dans la continuité de l’ancien cinéma nourrie de films grand public et
Art & Essai afin de combler toutes les envies des spectateurs.

Lors de l’inauguration officielle du Quai des Lumières le 16 janvier dernier, 800 convives, parmi lesquels de nombreux habitants, l’équipe du cinéma et les exploitants associés, des élus et les partenaires privés et publics, ont foulé le hall du cinéma où s’élève Le César, l’œuvre de Christian Gastaldi élaborée à l’aide de quelques 500 affiches de films apposées sur les quatre faces d’un bloc de béton de 40 m2. À l’occasion de cette date mémorable, le film Le Rêve américain a été projeté en avant-première en présence notamment du réalisateur, Anthony Marciano, et de l’un des acteurs principaux, Jean-Pascal Zadi.

Voici un nouveau chapitre qui s’est ouvert pour Priscilla, Aïcha, Angèle, Alizée, Cora et Natanael, l’équipe fidèle du cinéma, mais aussi pour tous les spectateurs dont les yeux grands ouverts imprimeront encore longtemps sur leur rétine, de belles émotions partagées.


Une nouvelle page s’écrit également pour Marie-Cécile Masdoumier-Faret, libraire de métier depuis 25 ans, qui, avec son associée Mélanie Millet, a ouvert la librairie indépendante Les choses de la vie au sein du pôle culturel. Vendredi 6 février, les premiers lecteurs ont passé la porte de la nouvelle enseigne pour arpenter les rayons et scruter la tranche des livres soigneusement alignés sur les étagères en bois. Grands classiques, sciences humaines, BD, romans graphiques, mangas, science-fiction, littérature jeunesse, jeux éducatifs… C’est une librairie généraliste qui entend attirer tous les âges et tous les goûts en proposant au public des lectures plaisir mais aussi inattendues qui suscitent la curiosité et font bouger les lignes.

Si l’inauguration officielle a eu lieu dimanche 22 février en présence du maire de Frontignan la Peyrade, des élus et partenaires, la librairie a accueilli dès son premier week-end de lancement un événement qui a régalé les passionnés de la saga du plus célèbre sorcier aux lunettes rondes. La nuit des livres Harry Potter a occupé une bonne partie de l’après-midi avec la participation de l’association SciFi Team à l’animation et aux décors. Petits et grands ont pris part à des jeux, énigmes et quiz en tout genre. Une façon, déjà, de créer de bons souvenirs dans l’ambiance cocooning de la librairie.

Mais Marie-Cécile Masdoumier-Faret ne compte pas s’arrêter là et participe d’ores et déjà à des soirées thématiques en collaboration avec le cinéma Quai des Lumières. À l’occasion de la sortie du film Hamnet, une séance spéciale s’est déroulée le 19 février afin de présenter aux spectateurs le livre éponyme de Maggie O’Farrell dont s’inspire le long-métrage. Le vendredi 20 février, rencontre avec Tarik Noui et Christophe Siébert aux côtés d’Ours Éditions, maison de microédition qui fabrique des livres de nouvelles cousus main. Pour poursuivre sur cette lancée, les auteurs sont revenus dès le lendemain pour une balade +deFIRN ponctuée d’extraits de leurs œuvres avant une séance de dédicace à la librairie.

D’autres formules sont en réflexion : l’organisation de petits-déjeuners mensuels avec présentation des nouveautés littéraires ou encore la création d’un club de lecture pour instaurer un coin recommandations des lecteurs aux lecteurs. L’histoire de la librairie n’en est qu’à ses premières lignes.


Le restaurant affiche complet quasiment chaque week-end. Ce bistrot méditerranéen, qui a ouvert dès avril 2025, accueille 80 couverts à l’intérieur et autant en terrasse. La cuisine, généreuse et travaillée, puise uniquement sa matière première dans les produits frais du pourtour de la Grande Bleue, collectés à moins d’une heure de route. Poissons de la criée de Sète ou des pêcheurs du port de Frontignan la Peyrade, viande des abattoirs de Perpignan, légumes des maraîchers de Vic-la-Gardiole : la carte change tous les trois mois pour s’adapter aux saisons.

Le gérant de La Cave à Nico… fait son cinéma, Nicolas Casano, n’en est pas à son coup d’essai. La marque de son restaurant existe depuis 20 ans. Caviste de métier, cuisinier autodidacte grâce à ses années de service dans le restaurant de son oncle, il tient deux autres établissements, le premier au Barnier, le second à la plage, et depuis peu, un comptoir dans les halles de Saint-Jean-de-Védas. Au pôle culturel, c’est une équipe de 14 personnes qui opère avec notamment Gabin Perez en cuisine, formé auprès du célèbre chef Glenn Viel durant 10 ans à la Caravelle en Corse. Une exigence et un savoir-faire qui se transmettent : Jérémy, recruté au sein du restaurant, souhaite se présenter au concours du meilleur apprenti cuisinier de France.

La passion du goût s’écrit jusqu’au bout des papilles des clients qui peuvent également profiter, avant ou après la séance de cinéma, d’une planche de charcuterie agrémentée d’un verre de vin, d’un ciné-brunch le dimanche matin, ou d’un tea time à l’heure du goûter composé d’une pâtisserie et d’une boisson chaude.

Au-delà de l’accueil de la clientèle, l’établissement noue des partenariats avec les associations locales dans des domaines divers (pêche au thon, rames, football, cinéma ou joutes), qui animent le quartier et cette section du canal lors d’événements sur l’eau. Ouvrir un restaurant au bord des quais, voici le rêve devenu réalité de Nicolas Casano. Et à présent, ce rêve le lie aux habitants qui peuvent y savourer un café, un repas avec leurs proches ou même admirer les feux d’artifice depuis cet endroit en été.


Immobile derrière la caméra, Alexandre se fond dans le décor de nature des anciens salins de Frontignan la Peyrade. Partout, on entend le bruissement de la sansouïre et le murmure des oiseaux sur l’eau frissonnante. L’étudiant de 27 ans explique : « Ce matin, j’ai filmé l’envol des flamants roses, des plans de l’orchidée violette. L’idée de ce documentaire, Le Peuple des marais, c’est de raconter la vie des animaux et des plantes au fil des saisons et la beauté de ce lieu fragile. Notre promotion est chargée de produire le premier volet sur l’hiver. »

Les élèves inscrits à l’école du documentaire Explore Academy dont les locaux s’établiront au sein du pôle culturel, ont choisi d’effectuer trois ans de formation dans ce nouvel établissement au concept unique au monde. Apprendre à réaliser un documentaire en milieu extrême impliquant à la fois la maîtrise du script, du matériel et des conditions de tournage tout au long de l’expédition. Pour ce faire, des voyages aux quatre coins du globe les attendent, des stages certifiants en plongée sous-marine, voile, médecine de terrain, pilotage de drone, approche animalière, etc. sont au programme, et de nombreux professionnels enseignants interviennent au sein de l’école. En outre, les futurs plans des locaux de l’école prévoient l’aménagement d’un camp de base et d’un sas sur mesure qui recrée les conditions de vie dans un désert de glace, de sable ou d’une jungle. Le public pourra observer chaque tableau vivant à travers des meurtrières prévues à cet effet.

Celui qui a imaginé cette école hors du commun, c’est Stéphane Urbinati, militaire de carrière, qui a travaillé comme consultant pour des scientifiques et directeurs artistiques afin de les guider sur le terrain puis de capter le son et l’image des milieux hostiles. Aujourd’hui documentariste, il enseigne la logistique au sein d’Explore Academy où se transmet l’art de raconter le réel, l’envie de tisser un lien palpable avec l’autre et la faculté d’aller n’importe où sur la planète pour immortaliser l’image ultime.

Des étudiants du monde entier, spécialisés en journalisme, cinéma ou simplement passionnés, se pressent pour intégrer l’école dès la rentrée prochaine. Pour l’heure, après le tournage du Peuple des marais, c’est un documentaire à bord d’un voilier qui attend les quatre élèves de la première promotion. Les spectateurs découvriront le résultat fin juin au Quai des Lumières. Des portes ouvertes seront également proposées au grand public de même que des master class à destination des adolescents et adultes à la découverte du montage et du documentaire animalier. Pour encore de nombreuses histoires à raconter et à vivre.