
Fil de terre de 7 km dans l’eau, comme posé entre mer et étangs, le lido de Frontignan est un patrimoine unique en son genre. D’une richesse environnementale exceptionnelle, son intérêt écologique et son attrait paysager ne sont plus à démontrer. Zone de pâturage jusqu’à la fin du XIXe siècle, coupé du reste de la commune par les étangs, le canal puis la voie ferrée, espace sauvage, Frontignan plage s’est développé en un véritable quartier à partir des années 1970. Lieu d’habitation et de loisirs « de rivage », il est devenu un site touristique incontournable, avec l’essor du tourisme balnéaire, la création d’infrastructures routières, de campings et du port de plaisance.
Mais alors que le quartier est habité toute l’année par plus de deux mille personnes et que le site est foulé, chaque été, par plus de vingt mille vacanciers et vacancières, ce cordon littoral est menacé, triplement fragilisé par l’érosion, la fréquentation et l’évolution du trait de côte dûe au réchauffement climatique qui accentue les risques de submersion marine. Retour sur l’histoire de cette incroyable bande de terre exposée à la fureur des vagues, lieu convoité d’herbage pour le bétail devenu une importante et prisée station balnéaire touristique.
Histoire ancienne
Si les hommes qui vivaient sur la Gardiole aux temps préhistoriques chassaient, cueillaient et pêchaient, un habitat, aujourd’hui immergé, est attesté aux Aresquiers à l’Âge du Bronze (1900-700 av. J.-C.) par la présence de vestiges retrouvés. On peut supposer que les lagunes de Frontignan recelaient des habitats à l’Âge du Fer (450-120 av. J.-C.) à l’image des sites comme Lattes ou des terramares[1] de la région de Mauguio.
à l’époque de la conquête romaine, la présence humaine est avérée (tombes, nécropoles, céramique, objets métalliques…) sur le site de ce qui deviendra Frontignan et on peut affirmer que les échanges s’intensifièrent, notamment par la mer (mare nostrum) et les étangs, que les Romains étaient friands de poissons comme de coquillages et que l’on récoltait probablement déjà du sel à cette époque.
La fin de l’époque antique et le début du Moyen Âge correspondent pour la région à une période où le rôle des étangs et l’attrait du rivage semblent se renforcer, comme l’illustre notamment la création, en 533, de l’évêché de Maguelone, à la limite orientale de la plage de Frontignan, en lien notamment avec l’un des trois chemins du sel (Est-Ouest) qui, du VIe au Xe siècle, parcouraient la région jusqu’à Narbonne, longeant souvent d’anciennes voies romaines ; celui qui nous intéresse étant le plus méridional de tous, reliant les salines de Nissan à Mauguio, en passant par celles de l’étang d’Ingril géré par l’abbaye de Maguelone ; donc aux abords du rivage frontignanais.

Au début du XIe siècle, les ressources de la lagune sont partagées entre pouvoirs religieux et seigneuriaux. Un acte rédigé vers 1030 entre l’abbé de l’Abbaye Saint-Benoît d’Aniane et le seigneur de Frontignan réglemente la pêche dans les étangs : il s’agit du premier document connu mentionnant Frontignan, conservé dans le cartulaire d’Aniane. Peu à peu, le seigneur de Frontignan s’impose comme le principal gardien du littoral, exerçant cette autorité au nom du seigneur de Montpellier, lui-même vassal du comte de Toulouse en 1194, sous la suzeraineté du roi de France.
Le territoire de la plage se trouve alors au croisement de plusieurs influences : au sud, la mer ; à l’est, le diocèse de Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Maguelone et l’abbaye d’Aniane ; à l’ouest, le diocèse d’Agde, propriétaire du site de Sète, sur lequel l’abbaye possède également des droits ; au nord enfin, la cité de Frontignan et son seigneur. Ainsi, deux grandes autorités se partagent ce littoral : les institutions ecclésiastiques d’un côté, et le pouvoir féodal de l’autre, dominé à son sommet par le roi de France.
Dès le début du XIIe siècle, les droits de pêche dans les étangs de Frontignan sont étroitement encadrés. Vers 1100, un acte conservé dans les archives de l’abbaye d’Aniane réglemente l’usage des maniguières[2] et reconnaît à trois habitants le droit d’y pêcher, à condition de reverser une part des prises à l’abbaye, tandis que les autres concessions sont partagées avec le seigneur local. En 1146 et 1154, les moines obtiennent du pape la confirmation de leurs droits « sur les pêcheries que le monastère possède tant sur la mer que sur l’étang de Frontignan » (cartulaire d’Aniane). Mais dès 1202, l’abbaye, ruinée, cède une partie de ses droits au seigneur de Montpellier.

Dans le même temps, Frontignan connaît les recompositions féodales classiques du Midi. En 1204, Frontignan, qui dépend de la seigneurie de Montpellier, est rattaché au royaume d’Aragon par le mariage de Pierre II d’Aragon avec Marie de Montpellier ; En 1276, la seigneurie de Montpellier a pour roi Jacques Ier, roi de Majorque ; En 1349, la seigneurie de Montpellier est rattachée au royaume de France par son rachat par Philippe VI. En réalité, le véritable « maître » du lieu est le roi, qui réglemente la pêche depuis déjà 1337.
À partir du XIIIe siècle, Frontignan se dote d’un conseil de ville formé par quatre consuls, véritables représentants des habitants et habitantes face aux seigneurs. Leur rôle est central dans la défense des usages collectifs, en particulier la pêche, ressource essentielle à l’alimentation et au commerce local. Celle-ci fait l’objet d’une réglementation constante, notamment pour préserver la reproduction des espèces et encadrer les périodes de frai.

Le XIVe siècle est marqué par une succession de crises : peste, guerres, insécurité et pillages. En 1361, Frontignan subit notamment les attaques des routiers menés par Seguin de Badefol[3]. Ces difficultés entraînent la construction de remparts et une forte pression fiscale. Dans ce contexte instable et économiquement catastrophique, les conflits d’usage se multiplient autour du littoral et des étangs, en particulier pour les herbages situés entre la mer et l’étang, déjà concédés aux consuls en 1301 par l’évêque de Maguelone.
Au XVe siècle, aux alentours de 1456, un accord entre les consuls et l’évêque de Maguelone autorise les pêcheurs frontignanais à ramener leur filet sur la plage, au point nommé le « Grau mort ». Ils sont également autorisés, pour une année renouvelable, à construire des cabanes, couper bois et joncs pour faire cuire leur viande, porter des armes pour se défendre et bénéficient de droits de pêche en échange d’une redevance en nature, à savoir un quinzième du poisson pris. Cependant, malgré ces permissions et l’importance des herbages du rivage pour faire pâturer les troupeaux, le littoral est un lieu dangereux souvent en proie à la piraterie. Ainsi, en 1467, après la Guerre de Cent Ans, Louis XI permet aux Frontignanais de rétablir leurs pâturages côtiers, ce qui laisse supposer qu’ils les avaient quelque peu abandonnés. à la toute fin du XVe siècle, la démographie se redresse grâce à des migrations venues des régions montagneuses (Gévaudan, Rouergue…) sur tout le littoral, et notamment à Frontignan.
Une époque plus calme et relativement prospère débute jusqu’aux guerres de religion (1562-1598, édit de Nantes). Frontignan va ainsi connaître une période de croissance relative ; son apogée, portée notamment par l’essor viticole, se situant vers la fin du XVIIe siècle, avant l’apparition du port de Cette (Sète). Rappelons qu’avant la création du port de Sète, Frontignan et Agde étaient les deux ports les plus importants de la côte languedocienne.
Ainsi, la montée en puissance du port de Sète, fondé en 1666, rapidement favorisé par les privilèges royaux, entraîne le déclin des activités maritimes frontignanaises. De plus, la création du canal des étangs, démarrée en 1700, va couper le port, situé sur l’étang à peu près au pont levant actuel, et la ville de Frontignan du rivage.



En plus des herbages et de la pêche, il apparaît qu’en 1758, certainement pour fixer les dunes, et donc l’herbe, 800 tamaris sont plantés. Il y en aura le double trois ans plus tard.
En 1742, par transaction imposée par le gouvernement royal, Frontignan doit céder à Sète une partie du littoral (qui fait à l’époque 12 km), à l’est du canal Royal. Les propriétaires des maisons et entrepôts qui se trouvaient à cet endroit et qui devaient auparavant payer la taille (impôt) à la commune de Frontignan préférèrent alors devenir Sétois puisque la nouvelle ville était exemptée de cet impôt.

Dès les années 1760, la France lança des opérations de défrichage pour davantage exploiter la terre. La propriété des communes (les communaux) fut maintenue, mais on développa la mise en culture individuelle ; c’est-à-dire que l’on proposa des lopins de terres en friche à des particuliers. C’est probablement pour cela qu’on trouve 84 parcelles cultivées sur le rivage de Frontignan en 1784. Un peu plus tard, un groupement de parcelles figure sur le cadastre napoléonien dans le secteur de l’Entrée . Il s’agit là, en réalité, d’une extension de Sète qui s’est développée au delà du canal royal, le long du rivage. On trouve aussi quelques parcelles, très peu nombreuses, aux Aresquiers où il y avait un poste de douane.
La carte de la « Coste de Languedoc depuis Cette jusqu’à l’étang de Repousset », de Jacques-Nicolas Bellin (1764) montre bien la continuité de la lagune, alors ininterrompue depuis Sète jusqu’à Aigues-Mortes. Au cours de l’histoire, cette unité originelle a été morcelée et cloisonnée par l’aménagement d’infrastructures. A Frontignan, dès le XVIIIe siècle, l’ouverture du canal des étangs, qui deviendra le canal du Rhône à Sète au XIXe siècle, scinde l’étang de Frontignan en deux parties : l’étang de La Peyrade et l’étang d’Ingril. Plus tard, au cours du XXe siècle, le développement industriel (notamment l’implantation le la Compagnie Industrielle des Pétroles), l’extension de l’urbanisation et la création de nouvelles infrastructures, notamment routières, amènent à combler d’importantes surfaces de lagunes et de zones humides qui isolent des portions d’étangs : les délaissés, comme, par exemple, l’étang des Mouettes, délaissé de l’étang d’Ingril.
[1] Terramares, vient du latin terra, terre et mares, marais. Ce terme désigne la première vague de peuplement dans les zones marécageuses.
[2]Pêcherie fixe constituée par des lignes de pieux immergés entre lesquels étaient placés des filets en forme d’accordéon qui traversent et divisent les étangs en plusieurs enclos.
[3]Seguin de Badefol (1330–1366), surnommé Chopin Badefol (probablement « boiteux » en occitan), était un chef routier pendant la guerre de Cent Ans. Né en 1330, il mourut assassiné par Charles le Mauvais, son ancien employeur, en 1366. Seguin commandait pas moins de deux mille routiers, c’est-à-dire des mercenaires privés d’emploi qui se livraient à toutes sortes d’exactions.
De la Révolution française au XIXe siècle

Par décret du 2 novembre 1789, les domaines et possessions appartenant au clergé sont déclarés biens nationaux. Le 14 mai 1790, un autre décret fixe les modalités de vente de ces biens nationaux aux particuliers. Puis, le 17 juillet 1793, les droits féodaux et seigneuriaux sont définitivement abolis. C’est la fin du pouvoir de l’Église et des seigneurs sur la plage !
En outre, la loi du 5 juin 1793 organise le partage des biens communaux, en autorisant leur vente à des propriétaires individuels. En d’autres termes, on peut dire qu’il y eut des petites parcelles cultivées près du rivage vers la fin de l’Ancien Régime (celles de 1784, essentiellement à l’actuel quartier de l’Entrée), et que Frontignan a pleinement récupéré les terrains communaux durant la période révolutionnaire.
En 1804, Sète obtient de Napoléon une nouvelle extension jusqu’au pont de la Peyrade, ce qui entraîna encore des litiges et des conflits, notamment une belle bagarre à cause de ce territoire perdu lors de la fête de Frontignan, le 1er juillet 1814, entre Frontignanais et Sétois avec une vingtaine de blessés de chaque côté.
Cependant, en 1813, Napoléon, qui doit reconstituer la grande armée décimée par la retraite de Russie (1812), fait vendre massivement les communaux affermés au profit du Trésor. C’est alors, selon l’historien local Jean Valette, que le maire, Joseph Lapierre, fut le premier acquéreur de terrains littoraux, en 1814. Des terrains qu’il aurait revendus à la famille du docteur Marc Poulhe qui les revendit à Monsieur Rattier, Vicomte de La Peyrade, qui les céda moyennant finances à la Compagnie des Chemins de Fer Paris Lyon Méditerranée (PLM), en vue de construire une ligne de chemin de fer qui longerait la côte. Dans le rapport d’un ingénieur des ponts et chaussées de mars 1858, on peut lire que « la compagnie a acheté toutes les plages s’étendant depuis le pont et les fortifications de La Peyrade, jusqu’au territoire de Villeneuve. Ces mêmes plages avaient été vendues en 1813 par Mr le préfet pour une contenance de 208 hectares environ. »
En réalité, deux documents conservés aux archives municipales permettent de penser que Joseph Lapierre n’était pas le seul propriétaire de tout l’espace et que la compagnie PLM n’a pas possédé tout le littoral comme l’a écrit l’ingénieur des ponts et chaussées. En effet, dès 1791-92, 113 propriétaires possédant 161 parcelles dans « la section plage » c’est-à-dire depuis « les moulins » sur le site qui deviendra celui de la Mobil en 1902, jusqu’au quartier de l’Entrée, donc dans le prolongement à la fois de Frontignan et surtout de Sète, durent faire des « déclarations individuelles » pour déclarer ce qu’ils y possédaient. Et, en 1825-26, un état des sections des propriétés sur ce même secteur, mentionne sensiblement les mêmes parcelles, mais pas les mêmes propriétaires. Concernant les terrains de la compagnie des chemins de fer, qui aurait racheté « toutes les plages s’étendant depuis le pont et les fortifications de La Peyrade, jusqu’au territoire de Villeneuve », il semblerait que la compagnie n’a pas acquis toutes les petites parcelles de l’actuel quartier de l’Entrée, ni celles dans le secteur du poste des Aresquiers (soit, en tout, plus de 200 parcelles !), mais les trois principales, au bord de l’étang d’Ingril, qui se situent le long CD 6O actuel, des Aresquiers à Frontignan, et qui permettaient d’envisager la construction d’une ligne de chemin de fer. C’est vraisemblablement ces trois parcelles que Joseph Lapierre avait achetées en 1814, puis revendues à la famille du docteur Marc Poulhe, qui lui même les a vendues au Vicomte de La Peyrade, qui les a cédées à la compagnie PLM.
L’événement le plus important du XIXe siècle est la création du chemin vicinal n°4 (prolongeant le CD29 de Poussan à la mer, qui devint le CD129 en 1939) et son pont tournant (devenu levant) sur le canal des étangs, créés de 1864 à 1872 pour relier la ville à la plage. Auparavant, les Frontignanais et Frontignanaises qui désiraient se rendre sur la plage devaient soit traverser les étangs en barque, soit passer par le pont de la Peyrade. Lors du conseil municipal du 29 février 1864, qui décide de créer ce chemin direct de Frontignan à la plage en traversant l’étang d’Ingril, il est dit qu’il « permettrait de se procurer des engrais en enlevant les algues marines jetées sur les bords de la mer, donnerait la facilité d’aller prendre des bains de mer, de se procurer du sable à petit frais, de mettre en culture les parties qui restent incultes par défaut de communication directe ». Les travaux débutèrent en janvier 1868. Ce chemin faisait 1 838 mètres de longueur et de 3,40 à 4 mètres de largeur. Il partait de la montée de Rancelle (actuelle rue de la Raffinerie), traversait la ligne de chemin de fer et l’étang d’Ingril.
Le 2 septembre 1869, le chemin est terminé, mais le pont en pierre (de 1740) « rend très difficile et très dangereux » son accès. « La rampe de ce pont présente en effet une inclinaison de 9 centimètres par mètre, l’ensemble de la construction est très irrégulière et la rampe nord rétrécit de 6 mètres la largeur du boulevard du chemin de fer. » Le Conseil décide la construction d’un pont métallique tournant. Le 12 avril 1872, le pont de fer installé par la Société des Forges et Fonderies de Montataire (Oise), sous la direction de l’ingénieur des Ponts et Chaussées de Cette, est inauguré.
Après les travaux d’élargissement du canal, ce pont sera rallongé de 9 mètres, en 1910 (un bac assurant la liaison durant les travaux), et remplacé en 1952 par le pont levant actuel, qui sera transformé et automatisé, en février 2006, par le Conseil Général auquel il appartient.
Dès le début de ce projet, les élus envisagent un développement du tourisme balnéaire, proposant notamment, le 2 février 1868, « un système d’éclairage pour que les étrangers puissent circuler à Frontignan de jour comme de nuit ».
À partir de la création de ce chemin, la perception et les contours de la plage changent totalement. Depuis toujours zone de pâturage non habitée et réputée dangereuse, à surveiller lors des tempêtes ou pour prévenir les débarquements des pirates ou des adversaires espagnols ou anglais, la plage devient ce qu’elle est devenue : un lieu de loisirs. Le chemin est terminé en 1869 et dès 1868, des concessions sur la plage de Frontignan et un règlement concernant la baignade sont attestés.
Mais ce chemin n°4 n’est pas le seul qui existe. Il y a, sans doute depuis « toujours », un chemin qui longe le littoral : il s’agit du chemin vicinal n°3, longeant la plage, de La Peyrade (ou Sète) aux Aresquiers (ou Palavas), appelé d’ailleurs communément « chemin de la plage », qui devint le chemin départemental n°50 en 1939. C’est du reste entre ce chemin et la mer que se sont développés (à l’actuel quartier de l’Entrée) les premiers mas, les premières parcelles de terrains privés, excroissance de Sète.
Graus et port

Un grau est un chenal coupant le cordon littoral, qui permet la communication entre la mer et les étangs. Il peut être naturel ou ouvert par l’homme. En général, l’homme aménage ou entretient un chenal naturel. Les graus sont évidemment sujets à l’instabilité naturelle, se fermant ou s’ouvrant selon une dynamique marine (coup de mer) ou fluviale (poussée des eaux après de fortes précipitations). Ils étaient, et sont toujours, indispensables pour le passage en mer des barques et vaisseaux, mais aussi pour approvisionner les étangs en poissons.
À Frontignan, la mer et les étangs ont joué un rôle important dans la vie de la population. Siège de l’amirauté jusqu’en 1692, le port de Frontignan était situé à la porte sud-est de la ville sur les bords de l’étang d’Ingril. Il tint une place centrale dans cette partie de la Méditerranée. Accédant à la mer par les graus de Gravatel et de Palavas, les barques frontignanaises partaient vers l’Espagne et l’Italie. Le cabotage demeura leur activité principale. En 1683, la commune comptait 34 bâtiments de mer : un « vaisseau » de 250 tonneaux, 27 barques et 6 tartanes de 60 tonneaux. Jusqu’à la construction du canal des Étangs, le port de Frontignan possédait deux types de bâtiments : les « barques de mer » et ceux qui étaient faits pour la navigation sur la « mer intérieure » depuis Agde jusqu’à Aigues-Mortes : « allèges, capouls, sapines, escaffys, tirades, bettes ». Les vins frontignanais étaient la marchandise principale à l’exportation, vers l’Italie et les autres ports méditerranéens. Les barques pouvaient aussi transporter du blé ou du seigle. L’importation de produits comme le cuir, le riz, le lin ou le coton du Levant ou de « Barbarie » (côte africaine) était moins fréquente, car Marseille dominait le commerce avec le Levant.
Au fil du temps, le port et le grau s’ensablèrent. L’ensablement du port était depuis longtemps un problème récurrent et les projets de curage de celui-ci maintes fois reportés faute de finances depuis le début du XVIIe siècle. En 1677, le premier consul de Frontignan réunit le conseil politique de la ville pour démarrer les travaux de curage. Une soixantaine de Frontignanaises et de Frontignanais furent mis·es à contribution pendant presque six semaines pour débarrasser le port de boue, de pierres et d’autres immondices, ce qui permettra, au moins pour un temps, la reprise du négoce du muscat. Avec l’essor de Sète et la construction du canal des Étangs, l’activité portuaire de Frontignan périclita néanmoins.
Le grau représente une communication entre l’étang d’Ingril et la mer assurant l’indispensable renouvellement des eaux évitant ainsi le croupissement et l’émergence de maladies. Or le grau de Frontignan s’ouvre et se ferme au gré des vents. Ainsi au fil de son histoire, la salubrité de l’air fut conditionnée par l’ouverture du grau. Au XVIIIe siècle, constatant la fermeture du grau, les consuls de la ville demandèrent la création d’un grau plus « excavé en largeur et en profondeur » que le précédent, en accord avec les projets de « l’hydraulicien Henri Pitot[1]. »
Ce dernier écrit, en 1746, dans ses Observations sur les causes des maladies mortelles qui règnent sur les côtes de la mer du Bas-Languedoc que « la principale cause de ces maladies et de ces mortalités provient des eaux croupissantes et corrompues, dans lesquelles les poissons périssent et se corrompent avec les plantes, ce qui répand dans l’air une puanteur insupportable qui empoisonne, pour ainsi dire, les habitants du pays, en fait périr quelques-uns et donne à presque tous les autres des accès de fièvre longs et opiniâtres. » Et à propos de Frontignan, il écrit que cette ville, autrefois, « pouvait donner jusqu’à 200 matelots au Roi, pendant qu’à peine on pourrait en tirer 3 ou 4 aujourd’hui. »

Le port fut finalement comblé vers 1745. Pour le remplacer, un bassin fut aménagé au bord du canal. Ce bassin, nouveau port du canal, permit à Frontignan de tirer profit du canal des Étangs. Il mesurait 90 mètres sur 50. Il servait de halte pour les péniches et pour le radoub[2] des barques. Seulement, l’ensablement demeura un problème récurrent et le curage fut souvent réclamé. En 1868, un rapport d’ingénieur, demandé par la mairie de Frontignan, étudia la possibilité d’un curage du port. Selon ce rapport, le port « même après extraction des vases, présentait une profondeur bien inférieure au tirant d’eau normal des canaux, de sorte que ce port ne pouvait pas servir au chargement des barques de navigation intérieure. Le tirant d’eau nécessaire ne pouvait être obtenu qu’en déblayant le rocher qui constitue le fond. » Il estima les travaux à 50 000 francs pour mettre le port aux normes. Il concéda cependant que l’État put y trouver son intérêt car « nous tirons de Frontignan presque tous nos approvisionnements en pierres de taille, pierres cassées, moëllons, terres graveleuses, blocs d’enrochements…, pour le port de Cette et les Canaux des Étangs ». Le curage ne fut pas entrepris car l’État préféra investir dans le re-creusement général du canal des Étangs. Ce bassin finit par être comblé dans les années 1930 et devint ce qu’on appelle aujourd’hui le Plan du bassin.
Plusieurs graus ont existé à Frontignan au cours de l’histoire. Le principal fut le grau de Gravatel, situé dans le secteur de l’actuel grau de Frontignan, qui fit déjà l’objet d’importants aménagements en 1612, sur une durée d’environ un mois sans qu’on connaisse vraiment la nature des travaux.

Pour aller en mer, les barques frontignanaises passaient généralement par ce grau. Un débarcadère permettait le déchargement des bateaux et le transfert des marchandises de la mer vers Frontignan. Lorsque le grau se fermait, les barques empruntaient ceux des communes voisines, notamment le grau de Vic (ou de Palavas, vers la cathédrale de Maguelone) ou le grau d’Agde. On sait, par exemple, que le 11 août 1637, Huguet Cambon et Pierre Malane, partant pour l’Italie après avoir chargé leurs barques de vin, durent passer par Agde. En 1637-1638, le grau de Vic fut également utilisé pour pallier la fermeture de Gravatel, confirmant le caractère pleinement lagunaire de Frontignan.
En juillet 1642, un projet d’ouverture d’un grau du Vert, à la pointe de la Cabasse, fut envisagé, à l’emplacement où sera plus tard installée une bordigue alors propriété de Frontignan.

Par la suite, la construction du canal des Étangs au début du XVIIIe puis celui de Sète au Rhône, à partir du milieu du XVIIIe, vont grandement faciliter la navigation en mer intérieure (étangs) et les transports de marchandises. En 1778-80, la province entreprend le percement de la plage, près de Gravatel, sur une largeur de 15 m. Il pourrait s’agir du grau neuf, mentionné en 1800 avec un poste de douane, ou du grau Philippe, tous deux figurant sur une carte d’état-major de 1866-1870.
Au XIXe siècle, les problèmes de fermeture des graus persistent. En 1831, puis en 1853 et 1865, ils sont fermés à cause des fièvres paludéennes. Le grau de Gravatel est rouvert en 1856, bien que Frontignan soit alors déjà séparé de la mer par le canal des étangs. Avec ce canal, le grau perd progressivement son rôle économique mais conserve une importance majeure pour la santé publique, car il assure le renouvellement des eaux de l’étang. De nombreuses demandes d’ouverture ou de réaménagement sont encore adressées aux autorités tout au long de la seconde moitié du XIXe siècle.
Fin XIXe, alors que le grau se referme encore, un mémoire de l’entrepreneur Cettois Jean Pinet adressé au Préfet de l’Hérault, indique, en 1869, que des travaux sont réalisés au grau. Jusqu’alors naturel, le grau est maçonné pour servir à la fois d’embarcadère maritime et permettre l’écoulement des eaux en cas d’inondations des étangs et de la ville. Ainsi, 4 piles et 2 murs de soutènement de 15 m de long sont bâtis dans l’axe de la rue du Grau (côté plage).

À partir de 1869, grâce au chemin de la plage, le quartier du grau devient plus fréquenté. Vers la fin de 1870, des travaux d’ouverture semblent presque achevés, mais une violente tempête survenue le 25 décembre 1870, accompagnée d’un raz-de-marée exceptionnel, détruit le canal de jonction. Le barrage reste en place mais se retrouve isolé du rivage ; les dunes sont emportées, le canal presque totalement comblé, et l’étang reçoit d’énormes quantités de sable qui repoussent son bord loin de la mer. Un rapport du conducteur subdivisionnaire, rédigé en 1899, rappelle que la lenteur des autorisations administratives avait fortement ralenti les travaux.
En 1907, aucune solution durable n’a encore été mise en œuvre. Lors de pluies diluviennes, le maire de Frontignan, Joseph Périer, décide de l’ouverture d’un fossé, à près de 1 500 m à l’Est du chemin vicinal n°29 (d’accès à la mer), qui sous l’action de l’eau devient un chenal d’environ 25 m de large.
Aujourd’hui encore, à hauteur de la rue du Grau, subsistent quelques vestiges de piles à demi ensablées et battues par la mer : elles appartenaient à un ancien pont qui permettait autrefois d’accéder aux vignes et aux mas, depuis engloutis par la mer et le sable.
Le grau que l’on connaît aujourd’hui a été construit en 1971 en prévision de la construction du port de plaisance. Il est indispensable à l’équilibre de la faune des étangs.



[1]Henri Pitot (1695-1771) et Jean-Antoine Giral (1713-1787) conçurent le pont monumental de 458 mètres avec 52 arches entre Frontignan et Cette, passage incontournable sur le « Grand chemin » qui reliait Montpellier à Cette. Les deux hommes collaborèrent à de nombreux ouvrages pour les États du Languedoc, notamment le pont de Villeneuve-lès-Maguelone, l’aqueduc du Peyrou qui acheminait l’eau de la source Saint-Clément à Montpellier ainsi que l’ensemble de la promenade du Peyrou.
[2]Le radoub est une opération qui consiste à entretenir ou réparer la coque d’un navire dans un bassin spécialement aménagé pour cela.
Le XXe siècle

Le XXe siècle va profondément changer la physionomie et « l’usage » du lido qui devient un quartier d’habitation et une importante station touristique. Dès 1926, on trouve une demande adressée au maire par Madame veuve Roux pour l’ouverture d’un débit de boisson pour la saison estivale. Commencé en 1965, le CD 60 va doubler le chemin de la plage (CD50) pour prolonger la route jusqu’aux Aresquiers, où sera construit, en 1986, le pont à une voie, en remplacement d’une simple passerelle pour piétons au dessus du canal.

Dès 1948, on construit des épis pour protéger le littoral de l’érosion. Dans les années 1960-1980, les équipements se développeront, notamment l’eau en 1957 ou les égouts en 1981 et, bien sûr, on construira, de 1979 à 1983, le port de plaisance, après avoir dragué le grau, construit deux digues et un pont submersible (1971), ce qui va contribuer à changer durablement le quartier.
L’architecture quelque peu désordonnée sur le littoral frontignanais correspond à l’histoire d’un développement tout aussi décousu, dans le prolongement de Sète d’abord, avec des propriétés de petite taille. Puis l’habitat s’est développé spontanément sur le lido, entre le CD 50 et la plage, pour une population locale. Ces petites propriétés ont encore été morcelées par des partages familiaux. Jusque dans les années 1980, le marché foncier, ou immobilier, était quasiment inexistant.
Protection du lido : épis, digue et reconstitution du cordon dunaire
Érosion naturelle, tempêtes et raz-de-marée façonnent et jalonnent l’histoire de la plage.
Pour protéger le littoral, dès 1948, la ville entreprend avec le Service Maritime et de Navigation du Languedoc-Roussillon (SMNLR), devenu Voies Navigables de France (VNF), la construction d’épis de protection contre l’érosion naturelle, en plusieurs phases. 62 épis seront construits au total, 30 de 1948 à 1969, puis 9 entre 1970 et 1973 et 23 de 1976 à 1987.
Les 3 premiers de 1948 se trouvent sur le secteur du grau. L’un d’eux s’appuie contre le grau sans le recouvrir mais en 1970, avec la poursuite du programme, un des murs disparaît, enseveli sous l’épi rallongé. Aujourd’hui, seules les bases des 4 piles subsistent encore et sont visibles, parfois dans leur intégralité.

Pour protéger la RD612 fermée à la circulation par gros temps et sécuriser le trafic des péniches entre le débouché en mer du canal du Rhône à Sète, situé à Frontignan, et la darse 2 du port de commerce de Sète, une digue de protection du chenal de liaison fluvio-maritime a été construite en 2001. Cet ouvrage de 2 265 m, construit à 400 m du rivage, a également rendu possible, en 2018, l’aménagement à l’intérieur de la Zone Industrielle Fluvio-Maritime (Zifmar) d’un terre-plein permettant l’extension du port. Un nouveau projet d’extension de la zone industrielle fluvio-maritime, dite ZIFMAR 2, au sein du périmètre du port de Sète-Frontignan, sur la commune de Frontignan, est actuellement en cours. La Région Occitanie porte le projet de construction d’une digue d’enclôture et de cavaliers pour créer, dans l’actuel bassin ZIFMAR, trois casiers à remblayer. L’Établissement Public Régional Port de Sète Sud de France assurera le remblaiement de deux des trois casiers en grande partie avec des filières de valorisation des sédiments de dragage et de déchets inertes issus des chantiers de BTP. Le dernier casier sera remblayé par VNF avec des sédiments de dragage du canal du Rhône à Sète.
Entre 2014 et 2021, pas moins de 16 millions d’euros, financés par l’Union Européenne (28%), l’État (22%), Sète agglopôle Méditerranée (20%), la Région Occitanie (15%) et le Département de l’Hérault (15%), ont été investis dans la protection du lido de Frontignan, dans le cadre des grands projets de la communauté d’agglomération, Thau agglo devenue Sète agglopôle Méditerranée. A l’étude depuis 2005, les travaux ont consisté en la reconstitution du cordon dunaire afin de protéger la zone urbanisée, la RD 60 et la piste cyclable et de préserver les milieux naturels. Réfection et consolidation des épis construits dans les années 60, apport de sable, car celui-ci ne transite plus assez de manière naturelle et reconstitution du cordon d’arrière-plage avec noyau en géotextile et ganivelles, ont constitué l’essentiel des travaux, réalisés en plusieurs phases.
La plage dans la Seconde Guerre Mondiale
Le 11 novembre 1942, tout le littoral méditerranéen se transforma en zone militaire protégée interdite aux populations civiles, par la Wehrmacht. Le dispositif d’artillerie s’étendait du pont de La Peyrade jusqu’aux environs du port de plaisance actuel (pour protéger essentiellement la Mobil) : 4 canons de 150 mm et 2 de 47 mm montés sur le toit d’un mas transformé en poste d’artillerie ; 5 canons anti-aériens ; trois mitrailleuses lourdes, plus 5 pièces anti-aériennes de 75 mm après le bombardement du 25 juin 1944 ; installés dans de simples cuves puis dans des blockhaus. Toute la côte jusqu’aux Aresquiers fut couverte de barbelés et parsemée de milliers de mines anti-personnelles, sous-marines ou anti-char. Les mas furent réquisitionnés et parfois détruits. A la libération, la plage resta bien sûr interdite et il faudra des années pour l’assainir totalement.
Le 1er avril 2024, de mystérieux blocs de béton ont été découverts par hasard sur la plage, par une habitante, après une tempête d’équinoxe. Mis à jour par des passionnés de l’histoire locale et désensablés par les agents municipaux, ces vestiges ont fait l’objet de recherches menées par des spécialistes, historien, archiviste, archéologue, chercheur du Service régional d’archéologie (SRA)… qui ont permis de conclure que ces blocs étaient des supports pour les Küstenmine-A, des mines sous-marines utilisées par les Allemands pour empêcher un débarquement allié sur les côtes méditerranéennes. Les experts ont souligné le caractère unique de cette découverte car ce type de mines n’avait jamais été observé sur le littoral méditerranéen.
Inaugurés après restauration, le 21 juin 2025, ces vestiges de la guerre sont désormais visibles sur l’avenue Vauban, face au centre de loisirs Les Mouettes.



L’avènement du tourisme balnéaire




En France, c’est entre 1740 et 1850 que s’est développé ce que l’on a appelé le « désir collectif de rivage », essentiellement sur les côtes normandes au début. Nous avons vu qu’à Frontignan, dès 1868, il existe des concessions sur la plage et un règlement concernant la baignade. Nous avons également vu qu’une demande d’ouverture d’un débit de boisson a été faite en 1926. Toutefois, la plage reste relativement peu fréquentée jusque-là deuxième moitié du XXe siècle.

Si 1936 n’est pas l’année de l’invention des congés payés, c’est celle de leur généralisation à l’ensemble des salarié·es, ouvrières et ouvriers, grâce à une loi emblématique du Front populaire qui permet d’être en vacances tout en étant payé·e. Cette révolution du temps libre pose les fondements du tourisme populaire. Les Français et Françaises les plus modestes, qui pour la plupart n’ont jamais vu la mer, découvrent alors les joies des bains de soleil et de mer. Les Trente Glorieuses, avec la troisième (1956) et quatrième (1969) semaines de congés payés, renforcent ce mouvement et le tourisme devient un pilier de la consommation populaire, notamment à partir de 1963, avec la mission interministérielle d’aménagement touristique du littoral du Languedoc-Roussillon, aussi appelée «mission Racine», du nom de son directeur Pierre Racine, également conseiller d’État.

Celle-ci ouvre véritablement la voie du tourisme dit « de masse » sur la côte languedocienne. Ce plan d’aménagement du territoire a profondément modifié et urbanisé les côtes du golfe du Lion autour de six grosses unités touristiques réparties dans le Gard, l’Hérault, l’Aude et les Pyrénées orientales. Deux des six unités touristiques languedociennes sont édifiées dans l’Hérault : « La Grande-Motte », également sur le département du Gard, qui rassemble les stations existantes du Grau-du-Roi, de Carnon et Palavas, et celles, nouvelles, de La Grande-Motte et Port-Camargue, dont les travaux ont commencé respectivement en 1965 et 1969. La seconde unité touristique héraultaise est celle de « Thau » qui voit, autour de la station du Cap d’Agde créée en 1967, s’agréger les stations existantes du Grau d’Agde, de Balaruc-les-Bains et de Marseillan Plage. Frontignan, d’abord envisagée pour faire partie de l’unité de Thau, a finalement échappé à la bétonisation à outrance et au sur-tourisme. L’industrie pétrolière, très présente à l’époque dans la commune, n’a sûrement pas poussé les investisseurs à y dépenser leur argent !

Il était prévu que les six stations nouvelles soient séparées entre elles par des « zones naturelles », par exemple le cordon littoral de l’étang de Thau entre Sète et le Cap d’Agde. Néanmoins, comme dans toutes les opérations de grande ampleur de cette époque, les conséquences environnementales passèrent au second plan : pulvérisation d’insecticides puissants (DDT) par hélicoptère, fragilisation du littoral, vulnérabilité accrue au risque de submersion et destruction de zones humides et d’écosystèmes entiers. Aux débuts de la mission Racine, ni la convention de Ramsar (1971), ni en France le rapport Piquard (1973) et la loi Littoral (1986), n’ont encore vu le jour. Bien que Frontignan fut pas concernée par l’urbanisation, la ville a tout de même bénéficié de certains « avantages » de la mission, notamment le reboisement de la Gardiole, la démoustication des zones humides ou encore le rachat de l’ancien salin par le conservatoire du littoral afin de le préserver.
Avant la construction du port de plaisance, aux côtés des petites maisons et surtout des jardins existants, ce sont donc les campings qui se sont principalement développés, un type d’hébergement de loisir qui correspondait à un tourisme populaire et à une clientèle locale recherchant un mode de vie et de vacances familial, « libre » et « nature », contrastant avec l’aménagement huppé de la Côte d’Azur et très urbain et organisé des nouvelles stations languedociennes. Cet esprit « familial » et « nature » a subsisté jusqu’à nos jours.



De nombreux campings ouvrirent donc dès 1965 tandis que les vacanciers et vacancières n’hésitaient pas non plus à pratiquer le camping sauvage en installant tentes et caravanes là où bon leur semblait. Dans les années 70, on comptait pas moins de 12 campings dans le quartier pour une capacité d’accueil de 2 500 personnes.

Le 27 juillet 1965 Camille Julien demande au maire l’autorisation d’établir un camping au lieu dit « extraction de sable ».
Le 4 août, le maire répond qu’il a transmis la demande au préfet, précise que le camping est réglementé dans le département par l’arrêté préfectoral du 16 juillet 1951 et que l’autorisation est assujettie à des règles, notamment l’alimentation en eau potable, l’évacuation des eaux usées, l’enlèvement des ordures ménagères et l’installation des sanitaires.
Un autre courrier de la préfecture, daté du 23 avril 1965 et également conservé aux archives municipales, informe le voisin de Monsieur Jean que ce dernier est en train de clôturer son camping et qu’il « se propose d’apposer sur ladite clôture des affiches rappelant à une meilleure conception de la décence les campeurs dont le sans-gêne peut paraître choquant ».

Le 25 janvier 1968, les gérants de 8 campings – du Soleil, du Front de mer, du Tahiti, du Méditerranée, des Dunes, de Frontignan-Plage, de l’Oasis et d’Ingril – demandent au maire de prendre un arrêté interdisant le camping sauvage sur tout le territoire de la plage et dénonçant « les graves inconvénients » dus au « grand camping clandestin installé dans le terrain dit de Sprecher » aux Aresquiers.
Concernant le camping Sprecher, qui demande autorisation en 1966, elle lui est accordée le 27 mars 1969, après divers travaux d’aménagement qui durèrent jusqu’en 1972.
Le Camping Barcarolle, au lieu-dit « la plage passage à niveau », de M. Kaiser qui fit une demande d’autorisation préfectorale en 1966, est autorisé à transformer le mini-camp en camping en juin 1970.
Création du port de plaisance


Lors de l’élaboration du Plan d’Urbanisme d’Intérêt Régional (PUIR) de 1964, un port était prévu au droit des Aresquiers, comme abri-relais permettant la navigation de plaisance le long de la côte, entre Palavas et Sète. Le Plan d’Urbanisme Directeur (PUD) de la commune relocalisa cet aménagement au droit du Grau d’Ingril, le long duquel des bateaux venaient déjà s’abriter, et envisagea l’urbanisation de son pourtour. Le Plan d’Occupation des Sols (POS) de 1975 confirma cette option. Ainsi, les travaux de création du port, démarrés en 1979, dureront jusqu’en 1982.



Creusement et dragage du grau, réalisation d’un pont, aménagement d’un bassin dans l’étang et d’un bassin avec ses deux digues font naître le port de plaisance.
La première tranche des travaux sera achevée en 1980 (9 millions de francs) ; la deuxième en 1981 (4,6 millions de francs), la troisième en 1982 (2,2 millions de francs). Cependant, dès 1978, on recense déjà 144 postes occupés, mais sans équipement. Suivront de nombreux aménagements, jusqu’à nos jours.
Le port a été géré par la commune puis par le SYMOCA (réunissant Conseil Général, chambre de commerce de Montpellier, communes de Mauguio et La Grande Motte), qui deviendra SYMOCAF avec l’adhésion de Frontignan en 1982. Il revient en gestion municipale en 1996. Il est alors le seul port du Golfe du Lion à pratiquer le tarif au centimètre.
Il faut dire qu’à ce moment-là, le port accusait un déficit d’exploitation de 15 millions de francs et, sur 580 places disponibles, seulement 385 étaient occupées. Après négociations, la dette fut effacée et d’importants travaux d’aménagement furent entrepris. Avec un règlement et une grille tarifaire mieux adaptés, puis la création d’un Comité des usagers permanents du port et du Conseil portuaire, le port de plaisance se remplit si bien qu’il comptait une vingtaine de plaisanciers sur liste d’attente dès l’année 2000 et, depuis cette reprise en gestion municipale, il n’a jamais cessé d’afficher complet.
En 2016, alors qu’il s’apprête à bénéficier d’une importante opération de modernisation et de restructuration (avec 100 anneaux supplémentaires) sans modifier son emprise, et qu’une station de dépotage des eaux grises et noires destinée aux touristes voyageant en camping-cars a été installée sur la zone technique, le port de plaisance, qui compte alors 603 places et 60 places visiteurs, a été classé, parmi les meilleurs du Languedoc-Roussillon par le magazine spécialisé Voile Magazine, qui lui a attribué une note de 80 sur 100 pour la qualité de ses équipements, de ses services, de son accueil, de l’environnement qu’il propose mais aussi des commerces et des restaurants de proximité.
Au-delà des infrastructures et des aménagements de qualité, l’attribution du Pavillon bleu, sans interruption depuis trois décennies, renforce chaque année ses critères concernant les mesures prises en faveur de l’éducation à l’environnement et des actions de sensibilisation menées et obligatoirement renouvelées, pour promouvoir un comportement respectueux de la nature.
En 2022, après deux ans de travaux, le dragage de 11 000 m3 de sédiments, la création d’une digue d’escale de 50 places dans le canal d’entrée, la mise en place de nouveaux pontons moins espacés qu’auparavant et la création d’une promenade sur la rive Est, le port de Frontignan s’est vu doté de 100 anneaux de plus sans agrandir sa surface, passant ainsi de 603 à 750 postes d’amarrage. Il intègre ainsi les ambitions du Plan littoral 21 avec la Région Occitanie, commune à la volonté de la Ville d’agir pour le développement durable de la plaisance, du tourisme nautique et de l’activité économique maritime locale. Tout cela pour un coût total de 4,5 millions d’euros.


Un quai de la rive ouest du port, rue des Frégates, est réservée aux petits métiers de la mer. Sept pêcheurs y travaillent, certains pratiquent la vente directe de poissons et poulpes sur le quai au retour de la pêche.
Création du pont des Aresquiers


En 1986, afin de désenclaver le quartier de la plage jusqu’ici en « cul-de-sac » et permettre, le cas échéant, l’évacuation des habitant·es en cas d’inondation, le Conseil général de l’époque, présidé par Gérard Saumade, en soutien de la volonté du maire de Frontignan d’alors, Philippe Chappotin, décide de remplacer l’ancienne passerelle uniquement piétonne – qu’un pontier activait latéralement pour laisser passer les bateaux – par un véritable pont routier reliant Frontignan plage et Vic la Gardiole. Cette structure enjambant la fin de l’étang d’Ingril, et de l’autre côté celui de Vic, tout autant que le canal du Rhône à Sète, mesure 193 mètres de long sur 6 de large et ne présente qu’une voie de circulation, régulée par des feux tricolores. Le dossier de la construction du pont avait fait l’objet de nombreux recours déposés par des associations environnementales. L’affaire avait même été examinée par la justice jusqu’au Conseil d’État. Le pont fut baptisé Pont Philippe Chappotin en 2014. En 2023, le projet de Maison du Littoral sur le site du Mas Vieux au bord de l’étang des Aresquiers porté par le conseil départemental évoquait la possibilité de fermer ce pont à la circulation, au moins en été, pour éviter la surfréquentation du site. Finalement, après l’accueil très défavorable du public, le département a fait marche arrière.
Abandon du projet de marina et sauvegarde de l’étang des Mouettes

Porté par les municipalités de l’époque menées par Philippe Chappotin, Christian Combettes et Dominique Rugiero entre 1988 et 1995, un projet de construction d’une marina de 2 500 logements sur l’étang des Mouettes, vendu par l’État à la Ville en 1961, a cristallisé les tensions, devenant le symbole de la lutte pour la préservation des espaces naturels. Ce projet a fait naître l’association de sauvegarde de l’étang des Mouettes présidée par Madeleine Le Guillou, qui, en 1991, adresse un solide dossier contre le comblement de l’étang au Ministre de l’environnement et au Président de la République. En décembre 1992, l’association saisit le tribunal administratif. D’expertises en expertises, de réunions diverses en luttes acharnées, les élections municipales de 1995 sont arrivées et le candidat Pierre Bouldoire, fermement opposé à la bétonisation de cet étang et à la spéculation immobilière, a été élu maire de la commune marquant ainsi l’abandon définitif du projet.
La municipalité d’alors a souhaité aller plus loin encore pour protéger cet espace, délaissé du vaste étang d’Ingril. D’abord approuvée par le Conseil de rivages Méditerranée qui coordonne les actions des conservatoires Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte d’azur puis par le conseil municipal de Frontignan la Peyrade, l’acquisition de l’étang des Mouettes par le Conservatoire du littoral est signée le 28 février 2001 le protégeant à jamais de tout désir d’artificialisation.
Aujourd’hui, classé en zone d’intérêt communautaire des oiseaux (ZICO), l’étang des Mouettes, qui faisait partie des étangs palavasiens – sites Natura 2000 et zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) – et dont les abords ont été aménagés pour la promenade, est un havre de biodiversité. Plus de 130 espèces d’oiseaux y trouvent refuge ou y font escale : flamants roses, échasses blanches, canards, sternes et mouettes animent ce paysage unique qui abrite également une flore riche de plus de 300 espèces, des salicornes aux orchidées sauvages, en passant par les roselières géantes.
Depuis 1989, les 230 hectares de l’ancien salin sont également des espaces naturels protégés classés Natura 2000, reconnus par la convention de Ramsar depuis 2009, appartenant eux aussi au Conservatoire du littoral et des rivages lacustres, et gérés par la Sète agglopôle Méditerranée, avec l’EID Méditerranée (Entente interdépartementale pour la démoustication).
Le port des pauvres


Petit coin de paradis sur l’étang d’Ingril, en face du port de plaisance, le port des pauvres fait partie de la vie et du paysage du quartier de la plage. Base arrière de l’association des pêcheurs plaisanciers du port des pauvres, officialisée en 2011, il accueille une soixantaine de petits bateaux. En 2021, ce sont 120 mètres de pontons qui y ont trouvé un nouvel emplacement. En effet, ce petit port s’équipe pour la deuxième fois grâce à l’économie circulaire. Le port de plaisance de Frontignan ayant réalisé son nouvel aménagement, les anciens pontons, qui étaient destinés à la destruction, ont été récupérés. Bien que n’ayant pas d’existence officielle, le port des pauvres est un vrai lieu vivant et convivial et ses plaisancier·es œuvrent pour la protection de la flore et la faune marine de l’étang.

Composante emblématique du Port des pauvres, la croix d’Ingril, édifiée en 1675, dénommée croix de Grins, était située dans l’étang du même nom, au nord du canal des étangs et signalait un chenal qui permettait aux barques d’aller du port de Frontignan au grau des Aresquiers.
Elle était construite en pierre calcaire, aussi l’eau salée, les vagues et les intempéries eurent raison de son socle et elle s’effondra vers le début du XXe siècle. En 1972, deux plongeurs sauvèrent son fût de la vase et le déposèrent au musée.
Une nouvelle croix est édifiée, elle est inaugurée le 15 août 1994. Son socle est composé d’un fût monolithique et d’un chapiteau de trois éléments, le travail en a été confié à un tailleur de pierre de Poussan, Vincent Gascon. La croix, quant à elle, est l’œuvre du ferronnier d’art Fernand Torrent. La gravure de la plaque est confiée à René Caubel avec l’inscription « Par le passé la croix d’Ingril indiquait l’entrée du port. Que cette croix soit un signe d’accueil sur le territoire de Frontignan ». Vandalisée en 2004, la croix a été de nouveau restaurée.
Le 14 septembre 2024, à l’initiative de l’association des pêcheurs plaisanciers du port des pauvres, la statue représentant un Hippocampe, dernière œuvre de Gilles Cilia a été inaugurée en présence de sa fille, de son petit-fils, des associations du port de plaisance et du maire de la ville.
Tourisme maîtrisé et de qualité
Depuis plus de trente ans, Frontignan la Peyrade a fait sienne la phrase prononcée, au XVIe siècle, par Charles Quint devant la mosquée de Cordoue : « Ne détruisez pas ce que l’on ne voit plus nulle part, pour construire ce que l’on voit partout » traduisant un travail de fond, inscrit dans la durée, pour empêcher une expansion immobilière effrénée et préserver ce qu’il y a, ici, d’exceptionnel. De la plage au salin en passant par les étangs sur fond de Gardiole et de vignes, les paysages, de Frontignan la Peyrade parlent d’eux-mêmes. Aujourd’hui, alors que le quartier de la plage est inconstructible depuis une quinzaine d’années pour d’évidentes raisons de sécurité et de non moins évidentes raisons écologiques, l’offre touristique est assise, non pas sur la quantité et l’uniformité d’un tourisme de masse, mais sur la qualité, l’originalité et la diversité d’une nature préservée. En faisant de la protection et de la valorisation de ses espaces naturels une priorité, la ville, classée « station de tourisme »[1] au niveau national et désormais labellisée par la distinction internationale « Green destinations »[2] a fait le choix d’un développement touristique responsable, familial et convivial, axé sur l’extraordinaire richesse de sa nature préservée et de ses somptueux paysages, sur les activités nautiques et de pleine nature, une offre culturelle dense et de qualité, des fêtes traditionnelles et la promotion de ses productions locales, l’incontournable muscat de Frontignan et produits de la mer, avec notamment pas moins d’une trentaine de restaurants répartis sur tout le lido.

Avec 7km de lido et 40 accès le long du rivage, la baignade est à la portée de toutes et tous. Des parkings gratuits (2 500 places) et une piste cyclable desservent les entrées de plage, également accessibles en bus. Une aire pour les camping-cars, munie d’un espace de vidange des eaux grises, l’accès à l’eau courante et à l’électricité, un service de tri des déchets, un accès Wi-Fi et un système de vidéo-surveillance garantissant la tranquillité des lieux, propose 49 emplacements au bord de l’étang des Mouettes à quelques pas de la plage. 5 campings, de 1 à 5 étoiles, accueillent les vacancier·es sur près de 450 emplacements.



La qualité des eaux de baignade est aussi une priorité et les plages de la Bergerie et des Aresquiers ont obtenu la note maximale, 100/100 dans le classement La belle plage 2025. Des équipements adaptés, Tiralo[3] et tapis d’accès à la mer permettent aux personnes à mobilité réduite (PMR) de pleinement profiter des joies de la mer. Depuis peu, les chiens tenus en laisse sont autorisés sur certaines plages.
École française de voile agréée Jeunesse et sport et Fédération française de voile, école de plongée agréée Jeunesse et sport, le centre nautique municipal (CNM), ouvert toute l’année pour les enfants scolarisés à Frontignan la Peyrade, propose des animations gratuites ou à prix réduits pour petits et grands, durant tout l’été.

Située au carrefour de deux vents dominants, la tramontane et le sud-est, l’école de voile offre des conditions idéales pour naviguer entre mer et étangs et propose de nombreuses formules de voiles en tous genres, dès 6 ans : optimist, catamaran, habitable, planche à voile, funboard, funboat… en solo ou à plusieurs, mais aussi canoë ou encore stand-up paddle. Séances, stages, découvertes multi activités, sorties découverte, initiation et perfectionnement, tout est possible !
L’école municipale de plongée propose également différentes activités et stages, baptême de plongée, rando palmée et respiration sous-marine…
A terre, l’Espace Forme, santé, bien-être, sur la plage rive ouest, juste à côté du centre nautique municipal, propose également de nombreuses activités physiques encadrées par des professeurs qualifiés des clubs de la commune.
[1] Le classement en station de tourisme atteste d’une politique touristique d’excellence tournée vers le tourisme durable. Quatre catégories de critères ont été insérés : le développement des mobilités douces et durables ; la sobriété énergétique ; la préservation du patrimoine naturel et de la biodiversité ; la mise en valeur des circuits courts et de l’économie circulaire.
[2] Le label green destinations est une certification reconnue par le Conseil Mondial du Tourisme Durable (Global Sustainable Tourism Council – GSTC), la plus haute instance traitant du tourisme durable au niveau international.
[3] Le Tiralo est un fauteuil de plage destiné aux personnes à mobilité réduite, qui permet aussi bien, et sans transformation, de rouler sur le sol et de flotter sur l’eau.
Les Mouettes à jamais pour les enfants

Créé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par l’association Les Mouettes, liée au Secours Populaire Français de l’Hérault, ce centre de vacances de Frontignan, longtemps appelé « la colonie », a marqué plus de quarante ans d’histoire sociale et éducative. Destiné aux enfants de 6 à 14 ans issus de familles victimes de guerre, notamment de déportés, il est inauguré par Paul Balmigère, Secrétaire Fédéral du Parti Communiste, en juillet 1946 et accueille ses premiers « colons » sous l’impulsion de militants engagés, avant de fermer définitivement après l’été 1987.

À l’origine du projet se trouve Léon Méric (1901-1978), ancien déporté de Dachau et Neuengamme, figure du Parti communiste et du Secours Populaire. Avec l’aide de camarades issus des milieux communistes, anarchistes, trotskistes et socialistes, il imagine un lieu de vacances populaire pour les enfants les plus modestes. La commune de Frontignan met alors à disposition, par bail emphytéotique, un terrain d’un hectare en bord de mer, sur un littoral encore quasi vierge. Eugène Orsetti, président de la chambre de commerce de Sète, Frontignanais et gendre de l’ancien maire Victor Anthérieu, devint le Président du Conseil d’administration des Mouettes ; anarchiste, ancien Résistant (ce qui lui valu la Légion d’Honneur) et animateur pour la jeunesse, Elie Delmas (1907-1996) en fut le Directeur.
Le centre se construit dans un esprit pionnier, fait de récupération, de débrouille et de bénévolat. Baraquements recyclés, matériaux donnés par la ville et travail manuel acharné permettent peu à peu de remplacer les premières structures de bois par des bâtiments en dur. Sous la direction d’ Elie Delmas, la colonie prend forme autour de deux cours, plusieurs dortoirs, une cuisine, un réfectoire, puis des sanitaires et des douches collectives.
Le site peut accueillir jusqu’à 150 enfants répartis sur trois séjours estivaux. D’abord fréquenté par des enfants de familles ouvrières liées aux mines de Graissessac ou aux usines d’Espéraza, il reçoit ensuite ceux de grands comités d’entreprise comme Peugeot ou Berliet. Beaucoup d’anciens colons reviendront plus tard comme animateurs ou y enverront leurs propres enfants.
Le fonctionnement repose largement sur le bénévolat et sur une philosophie d’éducation populaire : offrir des vacances simples mais riches humainement, loin des cadres scolaires traditionnels. Profondément libertaire, l’esprit des Mouettes, nourri d’engagement politique, de solidarité et de liberté, faisait primer l’épanouissement de l’enfant sur le confort matériel.
En 1987, face à l’évolution des attentes familiales et à l’augmentation des coûts, l’association met fin à son activité. En 1992, le site est restitué à la ville de Frontignan, avec la condition sine qua non qu’il doit conserver sa vocation sociale et rester à destination de l’enfance et de la jeunesse.
Fidèle à cet engagement, la Ville de Frontignan la Peyrade a longtemps affecté ces lieux à l’accueil des enfants de la commune, dans le cadre du centre de loisirs, jusqu’à ce que l’état des bâtiments et les normes de sécurité ne la contraignent à abandonner l’usage du bâti. Seules des activités extérieures y sont encore organisées.
Après plusieurs études et le fait qu’une nouvelle construction était impossible car en zone inondable, un projet de restauration a été élaboré afin de proposer un accueil de qualité pour les jeunes de la commune. Celui-ci permet une ouverture chaque année, d’avril à septembre, de cet équipement qui accueille, depuis plusieurs générations, des centaines d’enfants de 3 à 11 ans, en matinée, après-midi ou à la journée.
Les Aresquiers
Lancé dès 2016 dans une opération de « reconquête paysagère » de ses terrains localisés au cœur du site classé des étangs palavasiens et des Aresquiers, le Conservatoire du littoral a entrepris la déconstruction de bâtiments « obsolètes, dangereux et inesthétiques » dans le but de laisser la nature reprendre ses droits. Ainsi, les anciennes colonies de vacances, Temps Jeunes, abandonnées depuis une dizaine d’années à Villeneuve lès Maguelone et Amitié cévenole, installées derrière la plage des Aresquiers, ont été détruites. De son côté, Sète agglopôle Méditerranée a démantelé les installations du hameau bâti des Salins de Frontignan, de l’ancien camping du Bois des Aresquiers et de plusieurs parcelles cabanisées sur les berges de l’étang de Vic.
Construites sur la commune de Frontignan, le long du canal du Rhône à Sète, en aval du pont Philippe-Chappotin, les cabanes des Aresquiers ont fait l’objet d’un long conflit (2014-2021) opposant leurs habitants et habitantes (32 familles) à l’État.
À l’origine, ces constructions remontent au XIXe siècle. Elles étaient alors de simples cabanes utilisées par des pêcheurs, chasseurs ou viticulteurs. Progressivement, leur occupation s’est institutionnalisée grâce à des conventions d’occupation temporaire accordées par Voies navigables de France (VNF), propriétaire des terrains. Mais au fil du temps les usages ont évolué et les cabanes sont devenues de véritables habitations permanentes dont les occupant·es sont propriétaires et pour lesquelles, ils et elles payent des impôts fonciers.

La situation s’est durcie en 2014, lorsque le Préfet ordonne l’évacuation du quartier au motif qu’il se trouve en zone inondable. L’ARCA (Association des riverains du canal des Aresquiers), créée à la fin du XXe siècle, conteste cette décision, dénonçant une expulsion sans indemnisation et mettant en avant l’ancienneté de l’occupation du site qui remonte à plus d’un siècle pour certaines familles.
Soutenu par la municipalité, ce bras de fer contre l’État et la préfecture de l’Hérault a connu divers rebondissements, de report en nouvelles assignations en justice, avec un tournant décisif en 2021, lorsque le tribunal de Montpellier a confirmé le rejet de la procédure d’expulsion engagée par la préfecture. Un soulagement pour les habitant·es, après de longues années de combat judiciaire.
Un littoral à réinventer
En à peine un demi-siècle, le modèle touristique né de la Mission Racine a profondément transformé le littoral languedocien. Pensé dans les années 1960 comme un espace de conquête économique et de démocratisation des vacances, il a depuis largement atteint ses limites. Dès 2010, le Conseil économique et social régional constatait l’essoufflement de ce modèle fondé sur la croissance quantitative et la forte artificialisation des côtes.
À Frontignan, cette question prend une dimension particulière. Le lido, fragile bande de sable longue de 7 kilomètres et urbanisée à près de 80 %, concentre aujourd’hui tous les enjeux : habitat, tourisme, économie, patrimoine naturel et risques climatiques. L’érosion du trait de côte, l’élévation du niveau marin et la multiplication des épisodes de submersion imposent désormais de penser autrement l’avenir du quartier de la plage.
Longtemps, la réponse fut technique : épis, digues, brise-lames. Mais ces protections, si elles ont un temps prouvé leur efficacité, ont aussi montré leurs limites. Les nouvelles stratégies portées par le Plan Littoral 21 et la politique Hérault Littoral privilégient désormais une approche plus globale : restauration des dunes, revégétalisation, génie écologique, mais aussi adaptation — voire relocalisation — de certaines activités et habitations.
Aux Aresquiers, où la mer avance de près de deux mètres par an, l’urgence est déjà visible. À Frontignan-Plage, classé en zone rouge du risque inondation, la question n’est plus de savoir si le littoral changera, mais comment accompagner cette transformation.
L’histoire de Frontignan-Plage raconte ainsi celle d’un territoire sans cesse recomposé par les usages humains, les choix politiques et les dynamiques naturelles. Après le temps de la conquête et de l’aménagement, vient peut-être celui du rééquilibrage. Une nouvelle page s’ouvre : celle d’un littoral à habiter autrement, entre mémoire, renoncement parfois, et invention collective.

