FLP MAG #43 – Le portrait : Marceline Dentel, fil rouge de l’histoire de la ville

Derrière la vitrine de sa mercerie du 2 rue Barille, Marceline Dentel incarne à elle seule un pan de l’histoire de Frontignan. À la tête de sa boutique depuis plus de cinquante ans, son sourire et sa passion du commerce, du fil et du tissu, ont accompagné des générations de clients, parfois venus de loin pour profiter de ses services et de son expertise, devenus rares. Ici, tout semble avoir une âme : les bobines colorées, les boutons classés par nuance, les rubans soigneusement enroulés et les innombrables rouleaux de tissu bariolés. Au milieu, Marceline est la gardienne d’un savoir-faire et d’un art de vivre à l’ancienne, où le commerce rime encore avec lien humain.

Née Vigues, à Rieux- Minervois, en 1944, Marceline a appris très tôt le sens de la clientèle. « Mon grand-père vendait du charbon et des pommes de terre. À sa mort, mon père a repris l’activité. Il n’avait que 14 ans. »

Alors qu’elle a 5 ans, sa famille emménage à Frontignan la Peyrade. Elle étudie sur les bancs de l’école Anatole-France et part en vacances chez sa grand-mère, dans l’Aude, « l’après-midi, après le repas, on avait le choix entre faire la sieste ou un peu de couture et de broderie ».

À la maison c’était idem, « maman cousait, tricotait, crochetait… aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours cousu ».

Après l’école, c’est donc naturellement qu’elle s’oriente vers la couture et la mercerie. Elle apprend le métier sur le tas, d’abord comme vendeuse. Puis, le 2 janvier 1972, elle reprend la boutique où elle travaille, alors située rue de l’Hôtel de Ville. Un pari audacieux pour l’époque, mais qu’elle relève avec l’énergie et la détermination que toute la ville lui connait aujourd’hui. Le 2 janvier 1973, elle se marie et, facétie de la vie, devient madame Dentel. Un an plus tard, jour pour jour, le premier de ses deux fils vient au monde.

Au fil des ans, Marceline voit défiler les saisons, les modes, les visages et devient une figure incontournable du commerce du coeur de ville.

C’est dans les années 2000 qu’elle déménage sa boutique et s’installe rue Barille. Elle n’a jamais quitté son petit royaume de fils et d’aiguilles depuis.

Engagée au-delà du comptoir

Marceline n’est pas seulement une commerçante. C’est aussi une figure du tissu associatif local. Toujours prête à donner un coup de main et participer à diverses initiatives. Durant le covid par exemple, elle reste ouverte et prodigue ses précieux conseils pour la confection de masques. Chaque année, elle s’implique dans les actions menées à l’occasion d’Octobre rose.

La couturière est également la présidente de l’association Un point c’est tout, créée avec une amie sétoise en 1999 et dont la vingtaine de membres se réunit chaque lundi après-midi au sein de la Maison des loisirs créatifs pour des travaux d’aiguilles, ateliers de broderie et autres patchworks, qui donnent ensuite lieu à des expositions. La dernière en date est visible jusqu’au 13 novembre à la Salle Izzo.

Dans son atelier, il n’est pas rare qu’elle aide une cliente à réparer un vêtement ou à confectionner un cadeau personnalisé. « Je crois beaucoup à la solidarité. C’est ensemble qu’on avance ! »

Et après…

À 81 ans passés, Marceline n’a pas encore raccroché son mètre ruban. Elle est derrière son comptoir du mardi au samedi, de 7h30 à midi « mais l’ouverture officielle est à 9h ! »

Ce n’est qu’en mai dernier que « pour la première fois de ma vie, j’ai pris un mois de vacances. À la Réunion. J’y ai rencontré des gens gentils, chaleureux et généreux de coeur. Je suis prête à repartir dès que l’occasion se présentera ».

Dans un monde où tout va vite, Marceline Dentel est un véritable fil rouge, à la fois témoin et mémoire d’une petite bourgade qu’elle a vue de fil en aiguilles, devenir la septième ville du département et avec laquelle elle continue de tisser une belle histoire.

Si la mercière voudrait peut-être lever un peu le pied, s’accorder plus de temps, tout en gardant un oeil attentif sur la boutique et celles et ceux qui pourraient, un jour, prendre la relève, rien ne presse. Pour l’heure, elle poursuit son ouvrage quotidien, toujours disponible pour ses clients, à qui elle a d’ailleurs choisi de consacrer son dernier mot : « merci ! »